Guinée: Cellou Dalein Diallo n'ira pas à la Cour constitutionnelle

Déclaration officielle de Cellou Dalein Diallo, ce matin à son domicile, le 17 octobre 2015.
© RFI/Guillaume Thibault

En Guinée, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a proclamé ce samedi les derniers résultats provisoires. Alpha Condé obtient près de 2,3 millions de voix, soit environ 57,8 % des suffrages exprimés. Il est donc réélu à la tête du pays dès le premier tour, avec un taux de participation s'élèvant à 68,36 %. Le chef de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, arrivé en deuxième position a exclu de saisir la Cour constitutionnelle.

En obtenant 57,8 % des voix selon les résultats proclamés ce samedi par la Céni, le président sortant Alpha Condé a été réélu dès le premier tour. Cette issue du scrutin a déjà suscité des commentaires chez les politiques.

Cellou Dalein Diallo appelle «à la retenue»

Le chef de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, a annoncé ce samedi à la mi journée, dans une déclaration lue à son domicile à Conakry devant les médias, qu’il renonçait à saisir la Cour constitutionnelle contre la réélection, au premier tour, du président Alpha Condé. Il dit également appeler à des « manifestations pacifiques » « le moment venu ».

« Chers compatriotes, je souhaite, tout d’abord vous féliciter pour votre forte mobilisation et pour la discipline dont vous avez fait preuve pendant la campagne et au cours du scrutin du 11 octobre.Comme vous le savez, cette élection n’a été qu’une mascarade organisée par la Céni et l’administration à l’effet de déclarer monsieur Alpha Condé élu dès le premier tout. Le Collège de sept autres candidats a déjà décidé de ne pas reconnaître les résultats de ce scrutin. Je confirme mon adhésion totale à cette décision », a déclaré Cellou Dalein Diallo.

« Je ne ferai pas non plus de recours auprès de la Cour constitutionnelle. J’inviterai, le moment venu, les autres candidats et tous les citoyens qui sont les vraies victimes de ce hold-up électoral à organiser, conformément à la loi, des manifestations pacifiques pour exprimer notre indignation et protester contre ce grave déni de démocratie. En attendant, je demande à tous les Guinéens de faire preuve de retenue et d’éviter toute forme de violence  », a tenu à souligner le chef de l’opposition guinéen, Cellou Dalein Diallo.

« Il n'y a jamais eu de manifestations pacifiques en Guinée », déclare le porte-parole du président Alpha Condé 

Face a ce discours officiel du représentant de l’opposition, RFI a interrogé le camp du président sortant. Albert Damantang Camara, porte-parole du président Alpha Condé, réplique à Cellou Dalein Diallo.

« D’abord, il faut que nous soyons clairs et cohérents et éviter de sombrer dans une sorte d’hypocrisie. Il n’y a jamais eu de manifestations pacifiques en Guinée. Dire qu’on va appeler à des manifestations pacifiques, tout le monde sait que ce n’est pas possible et que toutes les manifestations se sont transformées en violences, malheureusement préjudiciables aux Guinéens dans leur ensemble », a déclaré Albert Damantang Camara.

« Ensuite, nous estimons que, aujourd’hui, nous avons dépassé un certain débat. La Guinée avance, nous avons passé cette étape qui est une étape très importante pour nos processus démocratiques. Nous avons des défis importants à relever. La plupart des candidats, c’est vrai, ont des doutes sur la régularité du scrutin. Nous, nous restons fidèles à notre principe, à savoir respecter nos institutions, nos textes ainsi que la Céni et la Cour constitutionnelle qui, en Guinée, sont les seules habilitées à valider les résultats de l’élection présidentielle.

A un moment donné, il faudra bien que, lorsqu’on se dit républicain, on fasse confiance à nos institutions. C’est le cas pour le gouvernement. Nous souhaitions que ce soit le cas pour tout le monde », a ajouté le porte-parole du président Alpha Condé.

« Evitons les provocations »

« La démocratie à la carte, ça n’existe pas. On ne peut pas dire « Je ne reconnais pas le Céni mais j’y garde mes représentants » ; « je reconnais l’Assemblée nationale mais je ne reconnais pas la Cour constitutionnelle ». A un moment donné, il faut être cohérent », a poursuivi Albert Damantang Camara.

Au micro de RFI, le porte-parole du président Alpha Condé a également tenu à adresser un message au peuple guinéen.

« Restons mobilisés dans la sérénité et dans le calme ; évitons les provocations. Ce n’est pas le moment de jubiler ; c’est le moment de construire le pays à partir d’une étape que sont ces élections », a appelé Albert Damantang Camara.

A Conakry et dans ses faubourgs, où le calme régnait ce samedi après-midi, ces déclarations des acteurs politiques n’ont pas eu d’impact négatif sur l’ambiance. Il y avait du monde dans les rues, de l’activité. Ce n’était pas le cas ces derniers jours.