Un éléphant, «trésor national», abattu au Zimbabwe pour 50 000 euros

En Afrique, le nombre d’éléphants a diminué de plus de la moitié au cours de la dernière décennie.
© WikiCommons/Gary M. Stolz/U.S.

Le chasseur allemand qui a abattu au Zimbabwe un éléphant mâle de plus de 50 ans a agi dans un cadre légal. Le pachyderme d’une taille exceptionnelle a été tué dans la réserve privée de Malipati Safari par le client d’une agence de safari dûment enregistrée.

L’autorité zimbabwéenne des parcs nationaux a beau expliquer que le chasseur qui a tué un éléphant de plus de 50 ans, le 7 octobre, l’avait fait légalement, cela n’apaise pas la colère des défenseurs de la faune. Le client allemand, amateur de chasse au gros gibier, avait payé 60 000 dollars (53 000 euros) à une agence locale spécialisée dans ce type de voyage, ont révélé des groupes de défense de la faune.   

Plus de 100 kilos d’ivoire
 
A ce prix, un client en veut pour son argent et l’agence qui le prend en charge fera le nécessaire pour qu’il rapporte chez lui le trophée tant convoité. C’est donc un éléphant exceptionnel qui en a fait les frais et c’était le plus grand recensé en Afrique depuis les années 1940. Les gardes du parc se souviennent d’ailleurs que l’animal était une véritable attraction pour les touristes.
 
« Il était si imposant que ses défenses touchaient presque le sol », se remémore Emmanuel Fundira, le président de l’Association des tours opérateurs de safari au Zimbabwe (SOAZ). Pour M. Fundira, le pachyderme aurait dû être considéré comme un « trésor national » et protégé en conséquence. Selon les spécialistes, l’éléphant mâle âgé d’une cinquantaine d’années, aurait pu vivre encore 15 ans.
 
Les deux défenses de l’éléphant pesaient 54 et 55 kilos, a précisé l’autorité zimbabwéenne des parcs nationaux, Zimparks, dans un communiqué. Elle n’a cependant pas détaillé comment l’éléphant avait été tué et n’a pas divulgué l’identité du chasseur qui pourra rapporter chez lui les défenses comme il en a le droit.
 
Trois mois après le lion Cecil
 
Au Zimbabwe, la chasse à l’éléphant est autorisée suivant des quotas. Si elle est interdite dans les parcs nationaux, elle est en revanche permise dans des réserves privées et des forêts indigènes spécifiquement identifiées.
 
C’était le cas de la réserve de Malipati qui jouxte le parc national de Gonarezhou, le bien nommé puisque son nom signifié « là où il y a beaucoup d’éléphants ». Dans ces deux espaces vit une population de 11 452 éléphants. L’éléphant qui a été abattu devait circuler d’un territoire où sa protection était assurée à un autre où la chasse était autorisée.
 
Ce nouvel épisode choquant survient trois mois après la mort du lion Cecil abattu lui aussi au Zimbabwe par un dentiste américain qui avait ainsi provoqué une tempête d’indignation. À tel point qu’il avait dû fermer son cabinet du Minnesota quelques semaines.
 
Finalement, on a appris récemment qu’il ne ferait l’objet d’aucune poursuite, ses autorisations étant en règle et « il ignorait qu’il commettait une infraction », a estimé la justice zimbabwéenne. Son guide, lui, devra expliquer devant un tribunal zimbabwéen pourquoi il n’a « pas empêché une chasse illégale »…
 
Jusqu’à 100 000 dollars le safari-chasse   
 
La chasse aux éléphants rapporte 14 millions de dollars au Zimbabwe chaque année. Une manne dans un pays financièrement exsangue. Les organisateurs de safari dans la région mettent en avant les retombées financières que procurent leurs riches clients au pays et aux villages où ils séjournent.
 
Des clients comme celui qui a tué l’éléphant peuvent dépenser jusqu’à 100 000 dollars pour un safari de 21 jours incluant les permis pour la chasse au gros gibier.  C’est ce que les organisateurs de safari-chasse appellent un Big Five où l'on paie pour tuer un léopard, un lion, un buffle, un rhinocéros et un éléphant.
 
Le Zimbabwe affirme souscrire « au principe de l’utilisation raisonnée de ses ressources naturelles ». Pour Zimparks (l’autorité zimbabwéenne des parcs nationaux), « les programmes d’utilisation de la faune génèrent des revenus qui sont utilisés (…) pour contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations locales qui vivent avec la faune ou à proximité des aires protégées et pour soutenir les programmes de conservation ». 

En Afrique, le nombre d’éléphants a diminué de plus de la moitié au cours de la dernière décennie. L’espèce est sérieusement menacée par le braconnage et le trafic d’ivoire ; le nombre d’individus abattus dépasse celui des naissances.  En octobre, 26 éléphants ont été retrouvés morts dans différents parcs du Zimbabwe ; ils avaient été empoisonnés au cyanure.