Le studio des programmes en mandingue de RFI.
© Christophe Carmarans / RFI

A partir de lundi, RFI sera un peu plus polyglotte avec le lancement de programmes en mandingue, la 13e langue étrangère parlée sur la radio mondiale, en plus du français. Après le haoussa (2007) et le swahili (2010), le mandingue est la troisième langue africaine proposée sur nos ondes, la première en zone francophone.

Poursuivant une politique de développement, entamée il y a déjà quelques années avec la création de programmes en haoussa (2007) puis en swahili (2010), RFI va diffuser à partir de ce lundi 19 octobre des émissions en mandingue, langue dans laquelle communiquent environ 40 millions de personnes en Afrique de l’Ouest sur les territoires du Burkina Faso, du Mali, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, mais également les diasporas mandingophones présentes au Sénégal, en Gambie, en Sierra Leone et au Liberia.

Comme c’est le cas pour le haoussa et le swahili, les émissions en mandingue seront accessibles soit en ondes courtes par voie hertzienne (15 455 kHz de 8h00 TU à 8h30 TU et 21620 kHz de 12h00 TU - 12h30 TU ; ndlr), soit en FM sur RFI Afrique ou via les nombreuses radios partenaires de RFI, mais aussi à travers un site internet dédié (ma.rfi.fr) et sur l’application RFI. Durant les premiers mois, le service en mandingue proposera deux demi-heures d’émissions cinq jours sur sept, une cadence qui sera renforcée en 2016.

De l’international au local

Quatre journalistes présenteront les tranches de 30 mn de Paris pour le lancement.. © Christophe Carmarans / RFI

« A chaque fois, nous choisissons une langue qui est parlée dans une région et pas seulement dans un pays », précise Imogen Lamb qui a été chargée par la présidente de France Médias Monde, Marie-Christine Saragosse, de mener à bien le projet. « On a porté notre choix sur le mandingue, car comme le haoussa et le swahili, c’est une langue qui a traversé les frontières », poursuit-elle. Quatre journalistes du Mali et du Burkina Faso donneront le coup d’envoi des émissions à partir de lundi à 8h00 TU.

« L’idée est de proposer aux auditeurs en mandingue des contenus cohérents avec ce que propose RFI sur ses antennes en français dans ces zones-là », annonce la directrice de RFI, Cécile Mégie. « Pour une part, détaille-t-elle, les contenus seront une adaptation par les journalistes en langue mandingue de ce qui est produit dans les différents services en français : traduction de sons, reprises de certains éléments de l’antenne... »

« L’objectif, continue Cécile Mégie, est d’avoir une offre qui va de l’actualité internationale à l’actualité la plus locale. Pour l’actualité africaine, la rédaction en mandingue va travailler en lien très étroit avec le service Afrique et les deux autres services de langues qui traitent de l’actualité africaine, à savoir l’anglais et le portugais ».

Trente minutes de production quotidienne

Le feuilleton «Le Talisman brisé» pour apprendre le français sera renouvelé tous les vendredi. © DR

Quant à l’actualité purement locale, elle sera traitée par un réseau de huit correspondants répartis dans sept villes : Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), Bamako (Mali), Abidjan et Korhogo (Côte d’Ivoire), Conakry (Guinée) et Dakar (Sénégal). « Ces huit journalistes feront remonter de l’information de proximité à travers des correspondances et des reportages », précise la directrice de RFI.

La programmation se déclinera de la façon suivante : un journal de 10 mn dans chacune des demi-heures, un journal des sports, une revue de presse africaine, un invité quatre jours par semaine et des magazines qui viendront des correspondants avec des thématiques différentes (santé, culture, économie, éducation, Histoire, tradition). « Le cinquième jour, ajoute Cécile Mégie, ce sont les auditeurs qui seront les invités sur le modèle d’Appel sur l’actualité, l’émission de Juan Gomez ». Le vendredi sera aussi consacré à l’apprentissage du français avec Le Talisman brisé, un feuilleton radiophonique qui connaît déjà beaucoup de succès sur d’autres antennes de RFI.

En plus de la programmation hertzienne, les locuteurs mandingophones pourront se connecter à un site dédié, le mandingue étant également une langue écrite avec un alphabet qui a été modernisé pour une plus grande facilité de lecture. « Sur la page d’accueil, les internautes trouveront un texte de présentation, les heures de diffusion, le contenu des émissions et ils pourront cliquer pour écouter les derniers journaux en direct ou en différé : soit le journal de 10 mn, la tranche de 20 mn, ou écouter la totalité des 30 mn » indique Imogen Lamb. RFI vous donne donc rendez-vous lundi à 8h00 TU, que le mandingue soit votre langue de prédilection ou simplement un moyen d’expression occasionnel. Et maintenant  « aw danse RFI mandenkan kan ! », autrement dit : « bienvenue sur RFI en mandingue ! » 


Marie-Christine Saragosse : « Les langues africaines sont importantes »

Marie-Christine Saragosse, la PDG de France Médias Monde (le groupe qui rassemble RFI, France24 et MC Doualiya) revient sur l’importance pour RFI de parler à de nouveaux locuteurs tout en facilitant l’apprentissage du français. Interview.

© RFI

Pourquoi lancer RFI en mandingue maintenant ?
Parce que c’est une langue africaine et que les langues africaines sont importantes. Tout le monde ne parle pas les grandes langues internationales, qu’il s’agisse du français ou de l’anglais. Les premières expériences que nous avons menées étaient en territoire anglophone avec le haoussa à Lagos puis le swahili à Dar-Es-Salam. Mais, c’est la première fois qu’on lance une langue parlée en territoire francophone. Nous nous sommes rendu compte que de nombreux locuteurs mandingophones ne maîtrisaient qu’imparfaitement le français, voire pas du tout, jusqu’à 60% selon certaines études. Si RFI fait un travail considérable de couverture en Afrique, elle le fait en français. Or, si les gens ne comprennent pas, on perd le bénéfice de ce qui est la « signature RFI », c'est-à-dire cette volonté de faire une information honnête, équilibrée, où l’on donne la parole aux différents points de vue, où l’on n’hésite pas à avoir des débats, où l’on donne la parole aux auditeurs. Il serait dommage d’en priver des zones qui vivent des situations difficiles. On a donc jugé que, compte tenu de notre engagement général pour le continent, il fallait parler à ces locuteurs dans leur langue pour les aider à mieux comprendre l’univers complexe dans lequel ils vivent.

Quels retours avez-vous et quelle expérience tirez-vous des programmes en haoussa et en swahili ?
On a un retour formidable avec le haoussa puisque 5 millions d’auditeurs nous écoutent chaque semaine et que le site internet en haoussa est celui qui a eu la plus forte augmentation de fréquentation. On compte 700 000 visites par mois, alors qu’on peut penser que ça n’est pas toujours facile d’accéder au numérique dans certaines zones. Cela veut dire que, dans un pays comme le Nigeria, les gens ont besoin d’une information impartiale et honnête, un peu distanciée, qui donne des faits et n’est pas partisane, qui est experte, rigoureuse et équilibrée. C’est la signature générale de RFI. Dans les zones où il y a de fortes tensions, il y a un fort appétit pour RFI. On l’a vu encore récemment au Burkina Faso : au moment du coup d’Etat, les gens se sont massés autour de RFI.
En ce qui concerne le swahili, l’expérience n’est pas finie parce qu’elle est plus récente. Nous avons modifié nos grilles pour une meilleure articulation entre l’anglais et le swahili, en avril dernier. Nous avons reformaté l’offre dans toute l’Afrique de l’Est pour mieux valoriser le swahili, tout en élargissant les plages d’anglais. Beaucoup de radios partenaires reprennent nos programmes en swahili, car ils ont la signature RFI.

RFI en mandingue sera donc calqué sur ce qui existe déjà en haoussa et en swahili ?
A terme, oui. On va avancer progressivement, avec une équipe de quatre journalistes associée à huit correspondants sur le terrain basés dans sept villes différentes. On démarre avec deux demi-heures par jour à 8h00 et à 12h00 TU, du lundi au vendredi. Et puis ensuite, on va monter en puissance avec quatre demi-heures par jour, y compris le samedi et le dimanche, au cours de l’année 2016. L’un des points importants sur les contenus, hormis la diversité de l’offre, c’est la facilitation de l’apprentissage du français. Nous proposons une méthode, Le Talisman Brisé, qui a été conçue à partir des langues africaines pour apprendre le français de manière extrêmement ludique, sous la forme d’une chasse au trésor. A l’antenne, les auditeurs pourront passer de RFI en mandingue à RFI en français, s’ils suivent bien le mode d’emploi.

propos recueillis par Christophe Carmarans