Une reprise économique fragile, dopée par l’investissement public

La construction du pont Henri-Konan-Bédié, inauguré en décembre 2014 à Abidjan, a coûté 125 milliards de francs CFA à l’Etat ivoirien.
© AFP PHOTO/SIA KAMBOU

La première économie d’Afrique de l’Ouest jouit d’une croissance de 8 %. Principal moteur de cette reprise : l’investissement public qui représente aujourd’hui 17 % du Produit intérieur brut (PIB), soit le double de celui des années 2000. Mais les effets de cette reprise tardent à se faire sentir pour la population.

D’après les indicateurs économiques, la Côte d’Ivoire affiche une santé insolente. Sa croissance flirte avec les 8 % depuis deux ans et le Premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, espère même atteindre les deux chiffres dès cette année. « Nous sommes ambitieux en Côte d’Ivoire ! », a-t-il clamé en mars dernier, lors de l’Africa CEO Forum à Genève, en Suisse.

Aujourd’hui, l’inflation est contenue (+0,4 % en 2014, elle devrait atteindre 1,2 % cette année) et les exportations ivoiriennes assurent la balance des paiements courants. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire est le seul pays de la zone UEMOA (Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest) dont la balance des paiements est excédentaire. L’or noir représente 30 % des exportations ivoiriennes et 15 % des recettes publiques. Le pays peut aussi compter sur l’anacarde, le fruit de la noix de cajou, dont il est le premier producteur mondial ou encore l’hévéa.

Une croissance tirée par l’investissement public

Alassane Ouattara a fait de l’investissement public l’un des moteurs de l’économie ivoirienne. Depuis quatre ans, le gouvernement multiplie les chantiers, notamment dans le domaine des infrastructures. En décembre de l’année dernière, le président inaugurait en grandes pompes le pont Henri-Konan-Bédié qui aura coûté à l’Etat 125 milliards de francs CFA, soit 190 millions d’euros.

Les logements sociaux à Yopougon, l’autoroute Grand Bassam-Abidjan, les travaux d’adduction d’eau à partir de la nappe phréatique de Bonoua, le pont de Bouaflé, le barrage hydroélectrique de Soubré… Les grands projets se sont enchaînés à un rythme frénétique. Presque trop soutenu, pour une économie qui sort de crise.

Un équilibre budgétaire fragile

Pour financer ces mégas projets, la Côte d’Ivoire renoue donc avec l’endettement. Elle a par exemple obtenu de la Chine un prêt à 750 millions d’euros pour moderniser son réseau électrique. D’autre part, la Côte d’Ivoire a émis deux emprunts obligataires en juillet 2014 et février 2015.

Aujourd’hui l’endettement reste limité : 46,6 % du PIB et le déficit budgétaire tourne autour de 3,5 %. Mais l’équilibre reste fragile, et il ne faudrait pas que le pays tire trop sur la corde de l’emprunt et perde le bénéfice de l’annulation de sa dette en juillet 2012.

La croissance profite peu aux Ivoiriens

Dopée par l’investissement public, la croissance ivoirienne ne profite pourtant pas à la population du pays. En premier lieur, parce que la majorité des grands chantiers ont été confiés à des groupes étrangers. Le français Bouygues a construit le pont Henri-Konan-Bédié, China Machinery Ingeneering s’est chargée de l’autoroute Abidjan-Grand Bassam et le tunisien Soroubat du tronçon entre Abidjan et Yamoussoukro.

D’après le ministre du Commerce, Jean-Louis Billon, le gouvernement réserve les travaux de sous-traitance aux entreprises ivoiriennes. Mais cela sera-t-il suffisant pour créer de l’emploi ?

Le chômage touche un quart de la population active. Alassane Ouattara avait promis la création de 200 000 emplois chaque année. Quatre ans plus tard, les autorités recensent encore 5,5 millions de chômeurs. Un problème qui pourrait devenir une véritable bombe à retardement alors que 70 % de la population ivoirienne a moins de 35 ans.