Procès Habré: le frère d'Idriss Déby à la barre

Le tribunal de Dakar où se tient le procès de l'ancien président tchadien Hissène Habré, le 21 septembre.
© AFP PHOTO/SEYLLOU

Le tribunal a écouté lundi 19 octobre le récit d'un témoin particulier. Il s'agit d'Oumar Déby, le frère de l'actuel président tchadien Idriss Déby. ll n'était qu'un enfant au moment où son grand frère est entré en rébellion contre Hissène Habré mais ses souvenirs restent assez précis.

« Monsieur l'huissier, faites entrer le témoin, Monsieur Oumar Déby. »

Oumar Déby n'a que 11 ans le 1er avril 1989 quand son grande frère Idriss et les autres alliés zaghwas d'Hissène Habré sont accusés de complot et fuient la capitale.

Selon son témoignage, dont la Défense pointe du doigt les approximations, des centaines de militaires encerclent peu de temps après la maison où le jeune Oumar Déby se trouve avec une partie de sa famille. Ils escaladent alors le mur et se cachent dans la ville. « On est devenu des enfants de la rue. Comme des talibés. »

Ils rejoignent ensuite leur famille dans l'Est du Tchad. Les avocats de la Défense s'attardent sur les moindres détails de son récit. « Il faut deux jours pour faire 64km à dos de chameau ? », demandent-ils. Réponse : « Quand nous avions utilisé les chameaux, on a passé deux jours oui. »

Oumar Déby évoque ensuite une « chasse à l'homme » contre les Zaghawas dans cette région où les gens, dit-il, se réfugiaient dans les montagnes pour échapper aux forces gouvernementales. Une répression qui coûtera la vie à plusieurs de ses frères.

Les avocats d'Hissène Habré rappellent quant à eux qu'avant de devenir des victimes, une partie au moins de la famille d'Oumar Déby a collaboré avec Hissène Habré aux pires heures du régime: « Je lui fais comprendre seulement qu'à cette période, qui coïncide avec ce qu'il est convenu d'appeler la répression des Hadjaraï, son frère était ministre de l'Intérieur. »

A la barre, le frère du président tchadien s'est présenté comme un simple fonctionnaire, directeur général de la Réserve stratégique. Une fonction dont il a péniblement tenté d'expliquer les compétences.


L'ancien magistrat Garzón analyse le procès

La séance du lundi 19 octobre a également été marqué par la présence, dans la salle, de l'ancien magistrat espagnol Baltasar Garzón. Baltasar Garzón est devenu un symbole de la justice internationale pour avoir fait arrêter l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet en 1998 à Londres au nom de la compétence universelle. Il est venu assister au procès Habré pour montrer son soutien à ce qu'il appelle « une avancée importante pour la justice dans le monde » et a par ailleurs souhaité commenter le déroulement du procès lors d'une conférence de presse.

Les garanties d’un tribunal qui fonctionne sont présentes, ce qu’on est en droit de réclamer en revanche, c’est une certaine agilité…
Baltasar Garzón
20-10-2015 - Par Fabien Offner

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