Afrique du Sud: la mobilisation des étudiants ne faiblit pas

Sit-in étudiant devant l'université du Cap, le 22 octobre 2015.
© REUTERS/Mark Wessels

Les étudiants sud-africains protestent depuis plus d'une semaine contre l'augmentation des frais de scolarité à la prochaine rentrée. Le mouvement s'est intensifié ces deux derniers jours. Des heurts ont éclaté devant le Parlement mercredi. Ce jeudi, des étudiants ont manifesté non loin du palais présidentiel à Pretoria et devant le siège de l’ANC, à Johannesburg. Le président Jacob Zuma doit rencontrer les leaders du mouvement étudiant ce vendredi.

Jeudi, à Johannesburg entre 2 000 et 3 000 manifestants ont protesté devant le siège de l'ANC. La police avait pourtant tenté de fermer l'accès au centre-ville en bloquant le pont Nelson Mandela. Mais les étudiants ont réussi à déjouer les forces de sécurité pour venir protester devant le siège de l'ANC, le parti au pouvoir depuis 21 ans, que les étudiants accusent de ne pas avoir respecté ses promesses, c'est-à-dire une éducation gratuite.

« Après 21 ans de démocratie, on doit encore se battre pour accéder à l'éducation, explique cette jeune fille. Pendant des années, on nous a refusé de nombreuses opportunités. Et cette augmentation des frais scolaire est une façon de refuser une fois de plus une éducation décente aux étudiants noirs. »

« L'éducation n'est pas un privilège, c'est un droit qui est inscrit dans notre Constitution ainsi que dans notre charte de la liberté qui parle d'éducation gratuite, rappelle cet autre étudiant. Et pourtant ils veulent augmenter les frais scolaires au-delà de l'inflation, alors que beaucoup d'étudiants viennent de milieux pauvres et ne peuvent pas payer leurs études. »

« Bien sûr qu'il y a de l'argent, réagit une troisième étudiante. Ils injectent de l'argent dans les sociétés publiques, comme la compagnie d'électricité ou celle d'aviation. Il donne même de l'argent à Cuba… Alors pourquoi ne peuvent-ils pas nous en donner à nous ? »

Le secrétaire général de l'ANC est sorti du bâtiment, un symbole de la lutte anti-apartheid, et a essayé de prendre la parole. Mais les étudiants n'ont rien voulu savoir. C'est notre tour, disent certains, de faire la révolution.

Une rencontre entre Zuma et les leaders étudiants ce vendredi

Après les heurts devant le Parlement mercredi et devant l'intensification du mouvement, le gouvernement semble pourtant s'être finalement réveillé. Dans un communiqué ce jeudi matin, le président a fait savoir qu'il comprenait les demandes des étudiants et qu'une rencontre avec leurs représentants était prévue ce vendredi. « Le président réitère. Le gouvernement comprend parfaitement les difficultés auxquelles font face les étudiants noirs qui viennent de milieux pauvres et de milieux ouvriers pour payer leur frais scolaires », a indiqué Bongani Majola, porte-parole de Jacob Zuma.

Les heurts de mercredi devant le Parlement ont choqué. Les violences policières rappellent une autre époque. Les députés impassibles dans l'hémicycle. Et le ministre de l'Intérieur refusant de s'adresser aux étudiants et à la presse.

Pour l'analyste politique prince Mashele, les images parlent d'elles-mêmes. « Il y a un gros décalage entre ceux qui sont à la tête de notre pays et ce qu'il s'est passé à l'extérieur du Parlement, commente-t-il. Alors que le chaos avait éclaté devant le Parlement, à l'intérieur les députés ont continué comme si de rien était. »

Décalage également de génération. Nombre d’étudiants sont nés après la fin de l'apartheid. Une génération qui n'a pas grandi avec la lutte menée par l'ANC et qui estime qu'elle ne doit rien au parti au pouvoir.

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