Congo-Brazzaville: pourquoi tant de polémiques autour du référendum?

Barricade lors de la manifestation du mardi 20 octobre au matin, à Brazzaville.
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Au Congo-Brazzaville, dernier jour de campagne officielle avant le référendum toujours prévu dimanche en vue d’une réforme constitutionnelle. Le texte proposé a soulevé une levée de boucliers au sein de l’opposition et d’une partie de la société civile. Au point que des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté, faisant, selon un bilan officiel communiqué mercredi, quatre morts dans le pays.

Pour les défenseurs de la nouvelle Constitution, son objectif est simple : moderniser les institutions du Congo. Selon eux, l’actuelle loi fondamentale adoptée en 2002, après une période de guerre civile, accorde trop de pouvoirs au président. Le nouveau texte permet donc entre autres avancées, disent-ils, un rééquilibrage grâce notamment à la création d’un poste de Premier ministre.

C’est l’idée que défend Alain Akouala, plusieurs fois ministre et aujourd’hui membre du bureau politique du parti au pouvoir (PCT) : « C’est une Constitution. Quel que soit le président qui sera élu demain, qu’il ait la possibilité d’avoir un exécutif performant, qu’il réponde aux attentes des populations parce que faire de la politique, c’est changer la vie des gens. Mais Denis Sassou-Nguesso, je ne pense pas qu’à ce jour, sa candidature soit à l’ordre du jour ».

Une nouvelle candidature pour Denis Sassou-Nguesso, c’est pourtant le scénario que redoute l’opposition. Pour elle, la modernisation du pays n’est qu’un alibi, car dans le nouveau texte, la limite d'âge pour être éligible, jusque-là fixée à 70 ans, disparaît et fait de fait sauter les principaux verrous qui empêchent actuellement Denis Sassou-Nguesso de briguer un nouveau mandat.

« Il travaille exclusivement pour lui, estime Guy Romain Kinfoussia, le porte-parole du Front républicain pour le respect constitutionnel et l'alternance démocratique (Frocad). Ce monsieur veut rester au pouvoir, pas tellement pour s’enrichir, il est déjà riche. Pas pour exercer le pouvoir, il l’a tellement exercé, 32 ans de pouvoir, c’est une overdose. Mais surtout parce qu’il craint des casseroles. Il veut en fait avoir une immunité permanente jusqu’à la fin de sa vie ».

Le 20 octobre marqué par des affrontements

En réaction : l’opposition congolaise, souvent critiquée pour ses divisions, se rassemble pour lancer un appel à la désobéissance pacifique demandant à la population de sortir massivement dans la rue. La date du soulèvement populaire est fixée au mardi 20 octobre. Mais ce jour-là, le rassemblement vire à l’affrontement avec les forces de l’ordre faisant 4 victimes, selon un bilan officiel.

Parmi les manifestants le fondateur du mouvement citoyen apolitique baptisé « Les Voix du peuple ». Franck Nzila dénonce le manque d’implication des leaders de l’opposition sur le terrain : « On ne croit ni au pouvoir ni à l’opposition. Ce que vous avez vu dans la rue, ce sont les gens. On n’a pas vu les hommes politiques. On n’a pas vu les leaders du Frocad, tous les leaders de l’IDC [Initiative pour la démocratie au Congo], on n’en a vu aucun. On ne peut pas aujourd’hui vouloir changer les choses, organiser les mouvements de jeunesse et ne pas leur donner les moyens de la politique. Ce n’est pas possible ».

Jeudi matin, après deux journées de violence, la tension a baissé d’un cran dans la capitale. Mais les frustrations d’une partie de la population sont toujours aussi vives réveillant la défiance des Congolais vis-à-vis de sa classe politique. C’est en tous les cas le sentiment d’Aimé, un habitant de Bakongo : « Les politiciens sont comme des sorciers. La journée, ce sont des ennemis, la nuit, ils se retrouvent. On doit le dire haut et fort : on en a marre ! De toutes les façons, ce n’est ni les gens de l’opposition ni de la mouvance qui subviennent à nos besoins. Mais nous, nous subvenons à nos besoins à la sueur de notre front. Mais au moins qu’une solution à l’amiable soit trouvée, pas dans le déchirement, pas dans la guerre ».

Une solution à l’amiable. On en est encore loin. Même si, de source diplomatique, des tentatives de médiations ont été lancées ces derniers jours. Sans résultat tangible pour moment.