Tunisie: les raisons du limogeage du ministre de la Justice

Mohamed Salah Ben Aïssa, au Parlement tunisien, le 22 juillet 2015.
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Mohamed Salah Ben Aïssa, le ministre de la Justice tunisien, a été démis de ses fonctions sans explications mardi. Le porte-parole du gouvernement est finalement revenu sur cette affaire jeudi sur une radio privée, lui reprochant une accumulation de déclarations qui manquaient de sérieux. Le ministre avait notamment plaidé pour la dépénalisation de l’homosexualité.

Mohamed Salah Ben Aïssa avait envisagé publiquement l’abrogation de l’article 230 qui punit l’homosexualité de 3 ans de prison. En pleine polémique nationale à ce sujet fin septembre, il avait même déclaré que « rien ne peut justifier l'atteinte à la vie privée ». Une prise de position osée sur une question encore taboue il y a peu. Le président Beji Caïd Essebsi lui avait d’ailleurs répondu par média interposé que cette abrogation n’aurait pas lieu. Cet épisode ferait donc partie des reproches du gouvernement à son égard.

L’ancien ministre de la Justice évoque également un différend au sujet de la loi instaurant le Conseil suprême de la magistrature. En juin dernier, une première mouture avait été déclarée inconstitutionnelle. Mohamed Salah Ben Aïssa s’était opposé à la nouvelle version du texte et avait boycotté la séance d’adoption prévue au Parlement mardi dernier. Car selon lui, cette dernière version avait été totalement modifiée et ne correspondait plus à ses convictions. Une loi porteuse d’un enjeu majeur : l’indépendance de la justice vis-à-vis de l’exécutif.

Début octobre, c’est le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Lazhar Akremi, qui avait lui démissionné, évoquant un manque de « volonté » dans la lutte contre la corruption.