L'UE donne un mois au Burundi pour entamer des négociations

Le siège du Conseil de l'Union européenne, à Bruxelles.
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L’Union européenne (UE) a formellement décidé, ce lundi 26 octobre, l’ouverture de consultations sur l'avenir de la coopération avec le Burundi, secoué par une grave crise depuis le printemps. Une lettre a été envoyée, en ce sens, au président Nkurunziza pour inviter les autorités burundaises à participer à ces discussions, à Bruxelles, qui doivent s'ouvrir dans les 30 jours. La procédure peut conduire à la suspension de l’aide européenne.

Les consultations se font au titre de l'article 96 de l'accord de Cotonou. Elles ont comme objectif de permettre au gouvernement de présenter un programme qui permette, selon l'UE, un retour au respect des principes démocratiques et des droits de l'homme, mais aussi de ramener toutes les parties burundaises à la table des négociations. Le maintien ou non de l'aide européenne au gouvernement burundais en dépend. Depuis le début de la crise, jamais la pression n'avait été aussi forte sur Bujumbura.

Il n'y a pas de hasard dans le calendrier et la multiplication des pressions. Comme s'en est félicité Smaïl Chergui, commissaire Paix et sécurité de l'Union africaine, « C'est encourageant de voir la communauté internationale parler d'une seule voix sur le Burundi », a-t-il écrit sur Twitter.

A quelques jours d'écart, on a vu le Conseil Paix et sécurité de l'Union africaine et l'Union européenne prendre des décisions fortes à l'égard de Bujumbura afin de pousser les autorités burundaises à discuter avec les autres parties du conflit dans l'espoir de mettre fin aux violences et surtout d'éviter le pire, comme l’explique, la porte-parole de la diplomatie européenne, Catherine Ray.

«  La situation au Burundi s’est dégradée au cours de la période qui a précédé les élections législatives et présidentielles, en juin et juillet derniers. On a intensifié, avant ces élections, le dialogue politique avec l’objectif de créer ce consensus politique sur le processus électoral mais, à ce stade, on constate que la situation ne s’améliore pas ; que les violations des droits de l’homme continuent  », a déclaré à RFI Catherine Ray.

«  Comme vous le savez, l’Union a également adopté des mesures à l’encontre de quatre personnes qu’on avait estimées être impliquées dans les violences et donc, pour toutes ces raisons, il a été décidé, aujourd’hui, d’ouvrir ces consultations pour amener les différentes parties autour de la table afin d’éviter, vraiment, les violences et pour faire en sorte que toutes les différentes parties burundaises se mettent ensemble et discutent pour trouver une solution qui soit politique  », a précisé la porte-parole de la diplomatie européenne.

« Notre action s’inscrit évidemment en soutien des efforts de la Communauté internationale et surtout de ceux de la Communauté de l’Afrique de l’Est et de l’Union africaine. Il est important qu’on essaye, tous, de pousser dans la même direction et on voit qu’on le fait tous », a ajouté Catherine Ray, porte-parole de la diplomatie européenne.

Nature des sanctions

Les pressions s'articulent sur deux axes principaux. Tout d’abord, les sanctions individuelles. Les Etats-Unis et l'Union européenne en ont déjà prises. De son côté, l'Union africaine prépare une liste en vue de les adopter.

Le deuxième axe concerne la suspension de la coopération. Certains pays l'ont déjà fait comme la Belgique et l'Allemagne mais, avec l'envoi d'une lettre d'invitation au président Pierre Nkurunziza pour des consultations, au plus tard dans les 30 jours, au titre de l'article 96 de l'accord de Cotonou, cette suspension de l'aide pourrait être généralisée à toute l'Union européenne. L’UE est le principal bailleur du Burundi qui dépend, pour 50% de son budget, de l'aide étrangère. Les Etats-Unis ont par ailleurs déjà annoncé qu'ils allaient revoir la participation de Bujumbura à l'Agoa.

La dernière carte que la communauté internationale se garde en réserve et, surtout en cas de flambée de violences, serait le bannissement des militaires et policiers burundais des opérations de maintien de la paix.

Le présidence du Burundi disait ne pas avoir encore reçu la lettre ce lundi après-midi et réservait sa réponse à une date ultérieure.