Côte d’Ivoire: Affi N'Guessan pourra-t-il se relever de sa défaite?

Il est arrivé deuxième, mais avec moins de 10% des suffrages, Pascal Affi N'Guessan (FPI) est en fait le grand perdant du scrutin présidentiel ivoirien.
© AFP PHOTO / SIA KAMBOU

C'est reparti pour cinq ans. En Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara a très largement remporté la présidentielle du dimanche 25 octobre, dès le premier tour. Selon les résultats rendus publics ce mercredi 28 octobre 2015, le président sortant a obtenu 83,66 % des suffrages. La Commission électorale indépendante a annoncé un taux de participation de 54,63 %. Avec 9,29 %, le candidat du FPI Pascal Affi N'Guessan arrive deuxième. Mais il enregistre une lourde défaite. Une question se pose : quel avenir pour lui désormais ?

C'est un triomphe en rase campagne. Au vu des résultats délivrés ce mercredi, Alassane Ouattara a distancé tous ses adversaires, à commencer par son premier poursuivant, l'ancien chef du gouvernement Pascal Affi N'Guessan. Avec 9,29 % (soit environ 290 000 voix qui se sont portées sur lui), le candidat du Front populaire ivoirien de Laurent Gbagbo ne pouvait pas espérer mettre en ballottage le président sortant pour un second tour.

Tout le long de la campagne, le patron du FPI, comme le candidat indépendant Kouadio Konan Bertin dit « KKB » (arrivé troisième avec 3,88 %), s'était pourtant appliqué la méthode Coué, affirmant qu'il pouvait non seulement battre M. Ouattara, mais qu'il pouvait de surcroît le faire dès le premier tour. Aujourd'hui, tous deux reviennent durement au principe de réalité, et Alassane Ouattara peut désormais appeler son pays à « tourner définitivement la page » de la crise postélectorale de 2010.

Et pour eux aussi, une page se tourne. Sans parti pour Kouadio Konan Bertin, ou avec une moitié de parti pour Pascal Affi N'Guessan, il était en fait impossible de battre le « rouleau compresseur » que constituent le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et sa machine électorale. Reste à savoir ce qu'il va désormais se passer pour les deux grands perdants du scrutin et pour le candidat malheureux du FPI en particulier.

Pascal Affi N'Guessan peut-il rester à la tête du Front populaire ivoirien ?

Pour M. Affi N'Guessan, la défaite est double. D'abord, il perd face à l’électorat ivoirien. Surtout si l’on compare son score avec celui de Laurent Gbagbo au premier tour en 2010. Le président d'alors avait obtenu 1,7 million de voix (certes, dans un contexte politique totalement différent). Mais de surcroît, et c'est là le plus gros problème pour lui désormais, si Pascal Affi N'Guessan est loin d'avoir obtenu le score de son mentor, sa lourde défaite pose la question de sa légitimité à la tête du FPI, principal parti d’opposition en Côte d'Ivoire.

C'est là sa deuxième défaite. Car durant plus d’un an, M. Affi N'Guessan n’a cessé de croiser le fer avec une partie de ses cadres, de ses militants, qui refusaient de participer à l'élection présidentielle cette année, au motif que le préalable à la tenue de ce scrutin, la libération de Laurent Gbagbo, retenu par la Cour pénale internationale à La Haye, n'y était pas. La querelle s’est tellement envenimée qu’elle a abouti à un schisme au sein de l'ancien mouvement majoritaire.

Avec moins de 10 % des suffrages, le candidat du FPI à la présidentielle risque donc de voir ses détracteurs, ceux qu’on appelle les « Gbagbo ou rien », confortés au sein du Front populaire ivoirien. La défaite de Pascal Affi N'Guessan, c’est peut-être bien la victoire de ces ennemis internes, même s’il faut relativiser, compte tenu du taux d’abstention (plus de 45 %), qui a certainement pu jouer en la défaveur du successeur de Laurent Gbagbo.

Pascal Affi N'Guessan a adressé ce mercredi 28 octobre ses « félicitations » à Alassane Ouattara. Les chiffres de la Commission électorale indépendante (CEI) « indiquent que le candidat Alassane Ouattara a remporté l'élection présidentielle. Je prends acte de ce résultat », a encore déclaré à la presse Pascal Affi N'Guessan. Mais, selon lui, les taux de participation « record de 80 à 100 % » dans certaines zones du pays - notamment dans le nord, les fiefs électoraux de Ouattara - ne sont « pas un signe de santé démocratique mais plutôt la traduction d'une prise en otage et d'une absence de la liberté d'expression et d'opinion dans ces régions ». Pascal Affi N’Guessan n’a toutefois rien dit quant à son avenir politique.

si les gens ont programmé que telle ou telle personne est président, c'est notre président à nous tous. Nous allons l'accepter, il n'y a pas de problème. L'essentiel c'est que l'on soit en paix, c'est tout...
«Le président Ouattara, c’était le meilleur des candidats… en quatre ans il a fait ses preuves»
28-10-2015 - Par Isidore Kouadio