Afrique: Internet «libre» en Afrique du Sud et au Kenya

L’Afrique du Sud et le Kenya sont respectivement 27e et 29e dans le classement, sur les libertés sur Internet, par l’ONG Freedom House.
© GETTY Images/Óscar López Rogado

L’ONG Freedom House a rendu un rapport sur la liberté d’Internet dans le monde, mardi 27 octobre. Ce rapport, qui porte sur une période allant de juin 2014 à mai 2015, fait globalement un bilan alarmant sur la censure de l’information et la surveillance sur Internet. Selon l’ONG, qui étudie l’étendue de la démocratie dans le monde, « la liberté sur Internet [...] a décliné pour la cinquième année consécutive ». Mais, en Afrique, deux pays, l’Afrique du Sud et le Kenya, continuent à se détacher et Internet y est toujours « libre », selon le rapport.

Même si ces deux pays ont perdu chacun une place par rapport à l’an dernier, l’Afrique du Sud et le Kenya arrivent respectivement 27e et 29e dans le classement mondial des libertés sur Internet en 2015, publié cette semaine par l’ONG Freedom House. Ces deux pays sont les seuls du continent africain où Internet est considéré comme « libre » par cette ONG.

Dans son étude sur le Kenya, l’ONG vante notamment la croissance du secteur du numérique dans ce pays et rappelle que la capitale Nairobi a été élue ville africaine « la plus intelligente » par l’Intelligent Community Forum. Le pays comptait 26,1 millions d’internautes fin 2014, un chiffre qui augmente très rapidement depuis quelques années, selon le Communications Authority, l’organisme qui régule le secteur des communications au Kenya. En 2011, le gouvernement avait même créé un site en open data (données ouvertes), pour y diffuser des données publiques librement accessibles et exploitables.

Les blogueurs kényans sont également de plus en plus populaires et influents, ce qui incite des hommes d’affaires à utiliser ces blogs pour y diffuser des publicités. Internet devient même un espace politique : après une mobilisation sur les réseaux sociaux, le président Uhuru Kenyatta a annulé une visite officielle au Nigeria en mai 2015. Le déplacement de toute la délégation qui l’accompagnait aurait dû coûter 20 millions de schillings kényans (soit environ 180 000 euros), ce qui a scandalisé des internautes.

« Les internautes sont généralement libres de s’exprimer ouvertement sur Internet, même si l’utilisation des technologies numériques pour diffuser des commentaires racistes et xénophobes continue de constituer un défi préoccupant pour la liberté d’expression au Kenya », précise le rapport. De nombreux internautes, notamment l’influent blogueur Robert Alai, ont ainsi été arrêtés pour avoir critiqué les autorités gouvernementales.

« Culture de la liberté d’expression » en Afrique du Sud

Selon ce même rapport, en Afrique du Sud,  la « culture de la liberté d’expression existe en ligne et le champ du numérique reste divers et actif ». Près de la moitié des foyers ont accès à la Toile, et il existe des centaines de fournisseurs d’accès à Internet.

Ceci permet aux citoyens « d’avoir accès à une grande variété de points de vue […] en ligne », avec une « faible » autocensure. L’ONG ajoute que « ni l’Etat ni aucun autre acteur n’a bloqué ou filtré Internet », et que les journalistes et les internautes n’ont pas été victimes de violence ou d’intimidation durant la période de l’étude.

Freedom House alerte en revanche sur la surveillance des réseaux par le gouvernement, avec la fuite, en février 2015, des « Spy Cables ». Ces documents ultra-confidentiels ont notamment révélé un accord qui aurait été passé entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe pour échanger des informations à propos des « ONG voyous » et des « médias d’opposants ». L’ONG note aussi que le pays est « très vulnérable aux menaces sur la cybersécurité ».

La carte des libertés sur Internet dans le monde, publiée par Freedom House en octobre 2015. © Freedom House/Capture d'écran.