Tanzanie: Magufuli proclamé président, son rival rejette les résultats

Des supporters de John Magufuli, fous de joie, le 29 octobre 2015, à Dar es Salaam, à l'annonce de sa victoire.
© REUTERS/Emmanuel Herman

En Tanzanie, John Magufuli a été proclamé président de la République, jeudi 29 octobre, à l'issue du vote de dimanche dernier. La victoire du candidat du parti au pouvoir, avec 58 % des voix, vient d'être annoncée par la Commission électorale, à Dar es Salaam. Cependant, l'opposant Edward Lowassa s'est autoproclamé vainqueur.

Cela a été une course de vitesse entre la proclamation et l'auto-proclamation. Il était 15h45 à Dar es Salaam quand le candidat d'opposition Edward Lowassa, ex-Premier ministre tanzanien, a annoncé qu'il avait gagné l'élection présidentielle avec 62 % des voix : « Plus de dix millions de Tanzaniens ont voté pour moi », a-t-il déclaré. Il a ajouté : « C'est moi et personne d'autre », en demandant à la Commission électorale de le « proclamer vainqueur ».

Mais à peine dix minutes plus tard, à l'autre bout de la ville, le président de la Commission électorale a annoncé la victoire officielle de John Magufuli, le candidat du parti au pouvoir, avec 58,46 % des voix. « John Magufuli a obtenu le plus de voix, et conformément à la loi électorale de notre pays et les résultats du scrutin, je proclame Mr Magufuli Président de la République de Tanzanie », a annoncé le juge le juge Damian Rubuva.

Des forces anti-émeutes à Dar es Salaam

On s'attendait un peu à ce scénario. Le scrutin de ce dimanche 25 octobre s'était bien passé, mais dans les jours qui ont suivi, de nombreux incidents ont émaillé les phases de compilation des résultats. Des bulletins brûlés, des violences contre des présidents de bureau ont été constatés, et les rumeurs n'ont cessé d'enfler sur d'éventuelles fraudes et bourrages d'urnes.

Que va-t-il se passer maintenant ? C'est la question qui inquiète et que tout le monde se pose en Tanzanie. La déclaration de Lowassa est-elle une ultime bravade ? Ou bien ira-t-il plus loin ? C’est la question du jour. Pendant la campagne il avait dit qu’il entrerait à la présidence par la fenêtre s’il le fallait.

Depuis lundi, la population de Dar es Salaam attendait le résultat avec anxiété. Certaines écoles n'ont pas ouvert, les commerces l'ont fait timidement. Cette grande ville portuaire tourne au ralenti, les patrouilles de police se sont multipliées. Les rues sont fermées aux abords du palais présidentiel.

Une situation calme pour le moment, malgré la tension

Jeudi matin, à l'approche de l'annonce des résultats, des forces anti-émeutes se sont positionnées aux principaux carrefours et dans plusieurs quartiers de Dar es Salaam. Le gouvernement montre sa détermination à ne pas laisser s'installer la contestation. Une centaine de militants de l'opposition ont été arrêtés ces derniers jours, accusés de divulguer de faux résultats sur internet via les réseaux sociaux. La Tanzanie, exemple de stabilité sur le continent, n'a jamais expérimenté une telle tension.

Pour autant, la situation est restée calme jeudi soir, ainsi que dans la nuit. Il n'y a pas eu de manifestations.A Zanzibar, l'archipel autonome, où l'élection du président local a été annulée on craignait des troubles mais la situation est, là aussi, restée calme. Les ambassades occidentales particulièrement la Grande-Bretagne et les Etats-Unis multiplient les démarches pour calmer le jeu.

La Tanzanie a adopté le multipartisme il y a plus de 20 ans, mais c'est la première fois que le parti au pouvoir, le CCM se rend compte concrètement qu'il n'est plus tout seul, même s'il conserve aussi la majorité au parlement. L'opposition, elle, a cru que l'alternance était arrivée, mais ce n'est pas pour cette fois.