Procès Habré: le témoin «qui court plus vite que la mort»

Robert Hissein Gambier a été surnommé Sabagalmoute, «celui qui court plus vite que la mort» par ses geôliers. Il a été victime de plusieurs types de torture, dont le supplice dit «des baguettes» et a perdu l’usage d’un de ses yeux à cause de coups.
© RFI/Laurent Correau

A Dakar, ce jeudi 29 novembre, nouvelle journée d’audience au procès d’Hissène Habré. L’ancien chef de l’état tchadien est notamment jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ce jeudi, un premier témoin s’est présenté, un témoin clef pour l’accusation car il a survécu à cinq années d’emprisonnement.

Décembre 1985, à Ndjamena, Robert Hissein Gambier, un métis franco-tchadien, est arrêté par des agents de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS). La DDS, l’organe de répression du régime Habré, l’accuse d’être un mercenaire libyen. Il va survivre plus de quatre ans dans les geôles et constater l’état de ses codétenus.

« Leurs pieds enflent et les dents tremblent. D’autres sont maigres ! Quand vous soulevez leurs fesses, y’a rien ! La peau et l’os. Ils meurent, ils meurent, ils meurent : une mort atroce », se souvient Robert Hissein Gambier.

Ecoutez le témoignage de Sabagalmoute au micro de notre correspondant à Dakar
30-10-2015 - Par Guillaume Thibault

Le témoin décrit ensuite la nourriture servie : « Qu’est-ce qui fait mourir tous ces prisonniers ? Leur nourriture est mortelle. C’est mal cuit. C’est la nourriture qu’on donne aux animaux, mais pas à un être humain ».

Puis il raconte les tortures. A la barre, il a amené deux bâtons et présente à la Cour le supplice dit « des baguettes ». « Vous voyez, ils attachent par derrière et ils attachent par devant. Votre tête-là, quand c’est serré, vous voyez le monde à l’envers », a-t-il expliqué.

En mangeant uniquement la nourriture chaude, en buvant de l’eau dès qu’il le pouvait, Robert Hissein Gambier s’est maintenu en vie. Ces geôliers lui ont alors donné ce surnom de Sabagalmoute, « qui court plus que la mort », traduit le détenu.

Désormais malvoyant, handicapé, quasiment sourd, M. Gambier termine sa déposition en s’adressant directement à Hissène Habré : « Je n’oublierai jamais jusqu’à ma mort. Il a crée l’enfer, l’enfer ».