Ghislaine Dupont et Claude Verlon: les proches veulent la vérité

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 30 juillet 2013 lors d'une conférence de presse au Mali.
© RFI/Pierre René-Worms

Il y a deux ans, jour pour jour, les envoyés spéciaux de RFI à Kidal, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, étaient assassinés par un groupe jusqu’ici non-identifié. Deux ans après, sur le plan judiciaire, peu d'évolutions. L'association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon poursuit son combat pour la vérité, une conférence de presse était organisée ce lundi matin.

Deux ans après la tragédie, l'émotion a laissé la place à une colère, car l'enquête patine. Le 12 mai dernier, les juges d'instruction ont bien demandé la déclassification de documents classés secret-défense, mais du côté du ministère concerné rien ne bouge.

Ces documents, assure Christophe Deltombe, l'avocat de la famille de Ghislaine Dupont, permettraient pourtant de lever certaines zones d'ombres comme le déroulé des faits : « Nous sommes aujourd’hui convaincus que cette information elle est aujourd’hui détenue par l’armée française et on se demande pourquoi ça traîne. Il y a une hypothèse de rétention d’information. J’ai du mal à penser que c’est de la pure négligence que cette commission consultative n’ait pas été saisie aujourd’hui ».

Marie-Christine Saragosse, la présidente de France Médias Monde (FMM), a lancé ce lundi un appel aux autorités françaises pour que l'enquête évolue. « Voilà ce que je souhaite et ce que j’espère de cette journée de mobilisation, a-t-elle dit, c’est qu’il y a un coup d’accélérateur donné et qu’avant Noël, on puisse avoir les documents que le juge d’instruction attend. Je crois qu’il faut accélérer maintenant parce que ça fait deux ans qu’on a l’impression de ne plus avancer. On pouvait le comprendre l’année dernière, mais là le temps... Je sais que le temps de la douleur, du chagrin, de la colère, c’est un temps qui n’est pas celui de la justice, mais il y a un moment où peut-être on peut essayer de les faire se rapprocher. »

« Un dossier opaque »

Et les mêmes questions restent sans réponse : qui sont les tueurs, à quel moment précis nos confrères ont-ils été assassinés et pourquoi ce silence persistant des forces présentes alors à Kidal, qu'elles soient onusiennes, maliennes ou françaises ? « On a évidemment des difficultés à croire qu’il n’y a pas des choses que l’on veut nous cacher, estime Pierre-Yves Schneider de l'association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Le plus important aujourd’hui, c’est d’avoir un échéancier concernant ce secret-défense, que le ministère de la Défense nous dise : voilà, les choses vont se dérouler de cette manière. Que l’on ait des dates. Que l’on n’avance pas à l’aveugle ».

La vérité, Marie-Solange Poinsot la mère de Ghislaine la veut. A 85 ans, c’est son combat pour la justice : « J’attends une réponse du président Hollande qui m’avait promis, le 25 juillet dernier, la levée du secret-défense. On pensait que pour ce deuxième anniversaire, on allait avoir cette réponse, on ne l’a pas. C’est pour cela que l’on se mobilise une fois de plus pour essayer de faire avancer ce dossier qui semble un peu opaque. On nous cache des choses et je suis toujours à me demander pourquoi. On attend une certaine vérité et c’est pour cela que cette association est derrière moi, car seule je serais tombée dans un désespoir profond ».

En septembre 2015, le juge Marc Trévidic a passé la main, c'est désormais au juge Jean-Marc Herbaut de poursuivre la tâche. Et elle est immense, les juges du pôle anti-terroriste de paris croulent sous les dossiers.