Ouganda: l'opposant Besigye se lance dans la course présidentielle

Kizza Besigye a été accueilli sous un tonnerre d'applaudissements par ses militants le 4 novembre 2015 dans le stade de foot de Nakivubo.
© RFI/Charlotte Cosset

Après Museveni et Mbabazi la veille, Kizza Besigye, l’opposant historique du président ougandais, s’est à son tour lancé dans la campagne présidentielle, ce mercredi 4 novembre. Il représente pour la quatrième fois le FDC, le Forum pour le changement démocratique, à la mandature suprême. Ses partisans se sont réunis au stade de Nakivubo à Kampala et lui ont fait un accueil triomphal.

C’est dans le stade de foot de Nakivubo, transformé en grand champ de boue, qu’une foule en liesse a accueilli son candidat. Kizza Besigye a assuré le spectacle pendant près d’une demi-heure.

« La première tâche est la libération, être libre dans notre pays, a déclaré l'opposant historique au président Yoweri Museveni. Nous devons reprendre le pays entre nos mains, le pouvoir doit retourner au peuple. La seconde tâche est la restructuration de notre pays, restructurer notre pays. C’est ce que je veux promettre aux gens. »

Branches et fleurs à la main, tous ont à maintes reprises scandé le slogan de la campagne : « One people, One Uganda ». Parmi les détracteurs du président Museveni, beaucoup affirment qu’il favorise les proches du parti au pouvoir. « J’ai un master et je me suis présenté à ce qu’on peut dire être un entretien important, raconte Lawrence, un militant d'opposition. Quand j’y suis retourné, il y avait un gars du MRN [Mouvement de résistance nationale, parti au pouvoir ndlr] qui avait la place. »

De manière générale, les partisans de Besigye réclament du changement, à l'image de Kasosi, étudiant et membre du Forum pour le changement démocratique. « Je soutiens le FDC parce que je veux du changement en Ouganda. Nous sommes fatigués de ce vieux régime. Trente ans au pouvoir. Trente ans et il veut cinq années supplémentaires. Qu’est ce qu’il peut changer en cinq ans qu’il n’a pas fait en trente ? »

C’est avec la tombée de la nuit que Kizza Besigye a terminé son discours sous les acclamations des partisans, qui veulent croire que cette quatrième candidature sera la bonne.


Troisième homme

Mercredi 4 novembre était le dernier jour du dépôt des candidatures pour l'élection présidentielle en Ouganda. Au total, huit candidats brigueront la magistrature suprême au scrutin de février prochain. Le traditionnel bras de fer entre Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986 et son principal opposant, Kizza Besigye aura bien lieu. Mais un troisième homme, l'ancien premier ministre Amama Mbabazi pourrait également peser sur le scrutin.

Pour la 4e présidentielle consécutive, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis bientôt 30 ans, aura face à lui Kizza Besigye, candidat malheureux en 2001, 2006 et 2011. Pour Justin Willis, spécialiste des processus électoraux en Afrique de l'Est, le président sortant, qui s'est toujours imposé dès le premier tour, a de grandes chances d'être réélu, notamment grâce aux moyens financiers et à l'appareil d'Etat qu'il peut mobiliser.

Mais la candidature d'Amama Mbabazi, Premier ministre jusqu'en 2014 qui a rejoint récemment l'opposition après être tombé en disgrâce, pourrait selon lui faire bouger les lignes. La semaine dernière, Besigye et Mbabazi ont affirmé s'être entendus sur une candidature unique. Cette alliance, qui reste très hypothétique puisque tous deux sont officiellement candidats, pourrait-elle menacer le président sortant ? C'est loin d'être garanti, estime Justin Willis.

Pour le spécialiste, face à l'important réservoir de voix de Museveni, réélu à plus de 68% en 2011, il faudrait que les deux hommes mobilisent au plus large. D'abord que Besigye parvienne à conserver son électorat, 26% des suffrages en 2011. Mais son électorat pourrait voir d'un mauvais oeil une alliance avec un ex-cacique du régime. Il faudrait ensuite que Mbabazi grignote le réservoir de voix de Museveni en ralliant les déçus du parti au pouvoir. Il faudrait enfin que tous deux parviennent à convaincre certains abstentionnistes. Ils étaient 40% en 2011.