Génocide rwandais: une plainte vise des «responsables français»

Des photographies des victimes du génocide, au mémorial de Kigali.
© REUTERS/Noor Khamis

Des « responsables français » ont-ils été complices du génocide des Tutsis en fournissant des armes et des munitions au régime rwandais de 1994 ? C’est sur cette question que la justice française devra se pencher si jamais la plainte déposée lundi 2 novembre à Paris par l'association Survie est jugée suffisamment solide pour déclencher l'ouverture d'une information judiciaire.

Cette plainte vise les « responsables français de l'époque », militaires et politiques, sans qu'aucun soit cité nommément. A l’appui, l’association Survie ne fournit pas de documents inédits, mais le fruit d'un long travail de collecte d'informations et de témoignages, qu'elle estime suffisamment convergents et solides.

Les plaignants n’accusent pas la France d’avoir commis elle-même des massacres, ni même d'avoir nourri une intention génocidaire, mais d’avoir en revanche livré des armes et des munitions au régime rwandais avant avril 1994 alors que le risque de génocide était déjà connu. Ces livraisons ont même continué après le début des massacres.

Munitions de mortiers

Parmi les éléments du dossier, il y a par exemple cette affirmation d'un colonel des Nations unies, le Belge Luc Marchal qui dit avoir vu des avions militaires français livrer des munitions de mortiers destinées à l'armée rwandaise, 48 heures après le déclenchement du génocide. Ou encore une note de la direction des affaires stratégiques, datée de 1995. Cette note, toujours classée secret défense, mais révélée par le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, évoque des livraisons jusqu'en juillet 1994 donc, bien après l'embargo décrété le 17 mai par les Nations unies.

L'association Survie s'appuie également sur les témoignages de trois anciens ministres, dont celui, le plus récent, d’Hubert Védrine, secrétaire général de l’Elysée à l'époque, qui en avril 2014 devant la commission Défense de l'Assemblée nationale a reconnu que des livraisons d’armes s’étaient « poursuivies » après le déclenchement du génocide. Ces armes étaient destinées selon lui à « bloquer l’offensive du FPR sur Kigali », sans lien avec le génocide.