Tunisie: la crise s'accentue au sein du parti au pouvoir Nidaa Tounes

Mondher Belhaj Ali et Moncef Sallami, font partie de la trentaine de députés de Nidaa Tounes, qui ont annoncé le gel de leur adhésion au parti, le 4 novembre 2015. a
© AFP PHOTO / FETHI BELAID

La crise au sein de Nidaa Tounes, la formation du président Essebsi, continue. Deux clans s'y disputent en effet la présidence. D'un côté, le camp de Mohsen Marzouk, le secrétaire général du parti et de l'autre, le clan de Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président de la République. Hier, une trentaine de députés ont décidé de geler leur adhésion au parti en réaction aux violences dont ils ont été victimes le week-end dernier. Une implosion du premier parti tunisien peut-elle avoir des conséquences sur l'action du gouvernement Habib Essid ?

S'il se veut temporaire, le gel de l'adhésion au parti d'une trentaine de députés hier fait planer le risque de la division effective de Nidaa Tounes : une formation hétéroclite, composée de personnalités de gauche, de centre droit, des opposants comme des caciques du régime déchu de Ben Ali.

Leïla Hamrouni fait partie de la trentaine de députés frondeurs. Elle appelle à faire du Congrès du parti en décembre prochain un véritable rendez-vous démocratique. « On attend la tenue du bureau exécutif, instance légitime, qui réunit tous les partenaires du parti pour prendre des mesures répressives contre ceux qui ont exercé la violence », explique-t-elle avant de continuer : « Notre groupe considère que ce congrès fondateur aboutisse à des élections libres, transparentes et démocratiques ».

Les frondeurs soutiendront le gouvernement

Actuellement fort de 85 députés, le bloc Nidaa Tounes sortirait forcément affaibli d'une scission face à son adversaire : les islamistes d'Ennahda qui comptent eux 69 sièges à la Chambre.

Hier, après l'annonce des députés, plusieurs membres du bloc, y compris parmi les frondeurs se voulaient cependant rassurants. Se retirer du groupe Nidaa Tounes au Parlement n'empêcherait pas de toute façon de soutenir l'action du gouvernement.

Compte tenu des contextes sécuritaire et économique déjà extrêmement tendus en Tunisie, le contraire eut paru douteux. D'ailleurs, même l'adversaire politique Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahda a saisi l'occasion hier pour appeler à soutenir le gouvernement. Mais avec les divisions profondes qui se dessinent à Nidaa Tounes, personne ne peut exclure que de nouvelles alliances se dessinent au Parlement affaiblissant le premier parti tunisien au bénéfice d'Ennahda.