A Bujumbura, les habitants fuient les quartiers «contestataires»

Un homme fuit les violences dans le quartier de Cibitoke, à Bujumbura, le 1er juillet 2015.
© AFP PHOTO / MARCO LONGARI

Depuis une semaine, les plus hautes autorités du Burundi multiplient les avertissements à destination des habitants des quartiers dits «contestataires» de Bujumbura, accusés d'héberger des insurgés armés, à l'origine, selon le pouvoir, de l'insécurité qui prévaut depuis la contestation du 3e mandat. Lundi, le président Nkurunziza a donné cinq jours à ceux qu'il appelle les « insurgés » pour déposer les armes. Et depuis mercredi 4 novembre, le 1er vice-président et cinq ministres parcourent les quartiers de la capitale en relayant cet ultimatum assorti de propos menaçants. Conséquence : craignant pour leur sécurité, certains habitants des quartiers dits «contestataires» fuient.

Il y a d'abord eu les propos du président du Sénat : « aujourd'hui, les policiers tirent au niveau des jambes pour ne pas tuer alors qu'on leur lance des grenades. Le jour où on va leur dire "travailler", ne venez pas pleurer », a-t-il déclaré la semaine dernière.

Lundi, le 2 novembre, c'est le président lui-même qui a lancé un ultimatum. Il a donné cinq jours aux « insurgés » pour déposer les armes. Si ce n'est pas fait, Pierre Nkurunziza a demandé aux forces de l'ordre d’ « utiliser toutes les techniques pour mener à bien ce travail ».

Et depuis mercredi 4 novembre, le 1er vice-président et cinq ministres parcourent la capitale avec un mot d'ordre : « la récréation est finie ». « Si on attrape quelqu'un avec une arme », précise le ministre de la Défense, qu'il ne vienne pas se lamenter ». Et ceux « qui vont pleurer ou crier seront considérés comme des complices », explique-t-il.

Ces propos font échos à l'ultimatum lancé lundi par le président Nkurunziza. Mais depuis le ton s'est encore durci. Désormais, le ministre de la Sécurité publique n’exclut pas de faire appel à la population civile pour venir à bout des détracteurs du régime.  « Même si le forces de l'ordre ne parvenaient pas à ramener la sécurité, on a une population de 9 millions de personnes à qui il suffit de faire signe », assure-t-il. « En quelques minutes, ils seraient ici... Qui survivrait alors parmi ceux qui n'accepteraient pas d'aller au même pas ? », interroge le ministre

Des discours qui poussent certains habitants à fuir les quartiers dits contestataires comme Mutakura et Cibitoke, raconte ce témoin. « Nous avons entendu le discours du président, nous avons aussi écouté le discours du président du Sénat puis du vice-président. La plupart ont décidé de quitter le quartier, puisque chaque jour il y a toujours des morts et nous pensons qu’il faut quitter les lieux pour essayer de sauver nos enfants. Il y a ceux qui quittent définitivement et ceux qui se mettent à l’abri quelques jours. »

A propos de ces quartiers dits contestataires, le président du Sénat avait également déclaré que si les forces de l'ordre devaient recevoir l'ordre de « travailler », « des parcelles » pourraient alors devenir « disponibles ».

Je compte fuir parce que ceux qui sont en train de mourir n'ont pas d'armes, ce sont des gens innocents.
Un habitant du quartier de Mutakura
05-11-2015 - Par Laura Martel


■ L’inquiétude d’International Crisis Group

International Crisis Group estime ce vendredi matin que le pays est « proche de la guerre civile ». Selon l’organisation, les déclarations des autorités font effectivement peser une menace dans certains quartiers.

Elles laissent penser qu’une répression violente se prépare.
Thierry Vircoulon
06-11-2015 - Par Pierre Pinto