Libye: la réputation ternie de l’ex-émissaire onusien, Bernardino Leon

Bernardino Leon, l'ancien représentant spécial de l'ONU pour la Libye, à Genève, le 4 septembre 2015.
© REUTERS/Denis Balibouse

Bernardino Leon quitte son poste de médiateur de l'ONU par la petite porte sans être parvenu, depuis sa nomination en juillet 2014, à mettre en place un gouvernement d’union nationale. Mais en plus, sa crédibilité ressort ternie par des révélations du journal britannique The Guardian. Les journalistes ont eu accès à des échanges de mails qui mettraient au jour les relations particulières que le diplomate entretenait avec les Emirats arabes unis.

D'après les e-mails publiés par The Guardian, l'émissaire de l'ONU a passé l'été non pas seulement à tenter de trouver un accord entre les parties au conflit, mais également à négocier son avenir professionnel. En juin dernier, il aurait décroché un emploi à 35 000 livres (48 000 euros) par mois pour diriger l'Académie de diplomatie d'Abu Dhabi, un think tank présidé par le cheikh Abdallah Bin Zayed al-Nahyane, le ministre des Affaires étrangères des Emirats.

Problème, les Emirats jouent un rôle particulièrement actif en Libye : ils soutiennent le Parlement élu de Tobrouk. Or dans d'autres mails cités par le journal britannique, Bernardino Leon avoue chercher à affaiblir la partie rivale : le Congrès général national à Tripoli, dominé par les islamistes. Lorsque le diplomate prend ses fonctions en 2014, il refuse d'abord que ce dernier prenne part aux discussions internationales. Mais sur pression des Etats-Unis et de l'UE, il se voit finalement contraint d'accepter Tripoli à la table des négociations. « Une mauvaise option », écrit-il en décembre 2014 au ministre des Affaires étrangères des Emirats.

Les discussions ne se déroulent pas dans la même pièce. Ce sont des émissaires de l'ONU qui font les aller et retour entre les deux partis. La délégation de Tripoli juge ce procédé contraire aux coutumes libyennes et se plaint. Bernardino Leon, qui reconnaît sur le compte Twitter de la mission de l'ONU qu'il aurait pu « faire les choses autrement », rejette néanmoins tout conflit d'intérêts.

Ce n'est pas l'avis des Libyens qui se lamentent depuis 2011 des ingérences étrangères qui alimentent selon eux le conflit. Sur les réseaux sociaux, la crédibilité de l'ONU est même remise en cause. Cela accroît encore la pression sur les épaules du successeur de Bernardino Leon, Martin Kobler. Ce diplomate aguerri devra à la fois faire sortir de l'impasse les négociations sur un gouvernement d'union et restaurer la confiance de tous les acteurs.