Marche verte : 40 ans après, le Maroc et le Polisario font du surplace

Les participants à la Marche verte entament leur parcours en direction du Sahara occidental, le 25 octobre 1975.
© AFP/GEORGES BENDRIHEM

Il y a quarante ans, 350 000 Marocains, appuyés par des milliers de soldats, entamaient leur Marche verte sur le Sahara espagnol. Le roi Hassan II entendait ainsi marquer sa revendication sur un territoire qu’il considère sien. Les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie, en revendiquent également la possession. Un conflit qui s’éternise depuis des décennies.

Au Maroc, la Marche verte fait partie intégrante de la geste nationale. Cette déferlante verte a marqué les esprits : 350 000 marcheurs, le Coran brandi d’une main et le drapeau national ou le portrait du roi dans l’autre, franchissent la frontière du Sahara espagnol, tout au sud du pays, entourés de 20 000 soldats. Ces patriotes répondaient alors à l’appel de leur souverain, Hassan II, qui voulait annexer des terres qui appartenaient jusque-là à l’Espagne.  

Champ libre
 
Alors que, dès 1974, Madrid a exprimé sa volonté qu’un référendum d’autodétermination ait lieu dans sa colonie, Rabat prend tout le monde de vitesse avec sa Marche verte. La décision, le 16 octobre 1975, de la Cour internationale de justice qui se prononce en faveur de l’autodétermination des Sahraouis galvanise les Marocains.
 
Tout en réaffirmant son attachement à ce que l’opinion s’exprime, l’Espagne signe un traité en novembre 1975 qui accorde un contrôle administratif du Sahara occidental pour les deux tiers nord au Maroc et un tiers sud à la Mauritanie laquelle renoncera à sa partie en 1979.
 
Le retrait de l’Espagne en 1976, puis celui de la Mauritanie trois ans plus tard laissent le champ libre au Maroc qui poursuit son annexion. Mais c’est sans compter avec les indépendantistes du Front Polisario (Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro), un mouvement créé en 1973 et basé à Tindouf en Algérie qui prend les armes contre l’occupant marocain. Le mouvement va proclamer la République arabe sahraouie démocratique (RASD) le 27 février 1976.
 
Aucune sortie de crise
 

Le secrétaire général du Front Polisario Mohamed Abdelaziz lors du 35e anniversaire de la proclamation d'indépendance du Sahara occidental, le 27 février 2011. © AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET

Les combats chassent des milliers de Sahraouis vers des camps de réfugiés installés en Algérie dans la région de Tindouf. Près de quatre décennies plus tard, environ 90 000 personnes vivent toujours dans ces camps, cernés de caillasses et de sable. Des hommes, des femmes et des enfants totalement dépendants de l’aide du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).
 
En quarante ans, le royaume chérifien n’est pas parvenu à se débarrasser de son ennemi des « sables ». Malgré une force de frappe supérieure et la construction successive de murs pour contenir son ennemi faute de l’éradiquer, le Polisario campe sur ses positions indépendantistes. Malgré la signature d’un cessez-le-feu en 1991, aucune sortie de crise ne se profile pour enfin clore un des derniers dossiers de la décolonisation restés ouverts aux Nations unies.
 
Normalement, le cessez-le-feu de 1991 doit déboucher sur un référendum d’autodétermination au Sahara occidental. La Minurso, mission des Nations unies, est chargée de son organisation, mais son objectif se heurte à la constitution et à l’approbation des listes électorales par les deux parties.
 
Autonomie contre indépendance
 
Malgré la nomination d’émissaires de l’ONU de haut rang, James Baker puis Christopher Ross, et l’élaboration de plans à plusieurs étages, rien ne bouge. Les Marocains misent sur l’autonomie espérant ainsi contourner les exigences d’indépendance des Sahraouis du Polisario, sans aucun résultat.
 
Rien ne se dessine qui augure d’une sortie dans un sens ou dans un autre. Les diplomates font du surplace et ce douloureux statu quo fait dire à Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU que la situation au Sahara occidental « est en train de devenir de plus en plus alarmante ». Il a d’ailleurs appelé, le 4 novembre, à des négociations « dans les mois à venir » entre les protagonistes du conflit soulignant que l’émissaire onusien Christopher Ross, intensifiait ses efforts en ce sens.
 
Ce 6 novembre, le roi Mohamed VI va se rendre dans les « provinces du Sud » portant ainsi ce qui est une cause sacrée entre toutes dans le royaume. Ban Ki-moon, qui voudrait bien voir se débloquer ce dossier usant avant la fin de son mandat en décembre 2016, devrait lui aussi se rendre au Sahara occidental dans les prochains mois.