Procès Habré: le témoignage de Clément Abaïfouta, victime et fossoyeur

Clement Abaïfouta est le fondateur de l'Association des victimes des crimes du régime d'Hissène Habré.
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Lundi 9 novembre, Clément Abaïfouta a témoigné au procès de l'ancien président du Tchad Hissène Habré. Il est le fondateur de l'Association des victimes des crimes du régime d'Hissène Habré. Détenu pendant quatre ans, il sera chargé d'enterrer quotidiennement les corps des victimes de la DDS, la police politique.

A peine le témoin commence-t-il à parler qu'un jeune homme se lève dans la salle et prend à partie le président du tribunal: « La sécurité ! La sécurité ! » Après l'expulsion du perturbateur, le président de l'Association des victimes des crimes du régime d'Hissène Habré reprend son témoignage. A l'époque, l'un de ses parents est le leader d'un groupe d'opposition. Ce groupe offre une bourse à Clément Abaïfouta pour aller étudier en Allemagne. La police politique le soupçonne de vouloir rejoindre la rébellion. Il passera quatre années en détention.

D'abord utilisé comme cuisinier et blanchisseur, il sert ensuite de fossoyeur: « Et tout à coup, on entend quelqu'un qui nous dit en arabe : 'Je ne suis pas encore mort'. Ce jour là, c'était 37 corps. Et c'est cette fosse qui fait l'objet de ces crânes que vous voyez dans les films. Donc celui qui avait dit qu'il n'était pas mort, nous l'avons ramené dans le véhicule. Et le lendemain c'est lui que nous sommes venus enterrer. »

Pour Clément Abaïfouta il ne fait aucun doute qu'Hissène Habré contrôlait la répression : « Il était au courant de tout, il tirait les ficelles, il donnait des orientations. Les 1 284 000 km2, il les gérait comme sa poche. »

Le témoin se dit aujourd'hui insensible aux décès et dit souffrir de problèmes de mémoire. Du pain bénit pour les avocats de la Défense, qui insistent également sur l'absence de certains documents. « Mais vous n'avez rien pour le prouver ? » demande un avocat. « 30 ans en arrière je ne saurais le prouver... » « Ah moi, j'ai toujours mon baccalauréat, j'ai mon carnet de seconde, mon diplôme, mon CEP », rétorque l’avocat.
« Mais vous êtes à Dakar, un pays de quiétude », lui répond le témoin. Aujourd'hui, Clément Abaïfouta travaille pour une télévision privée au Tchad.