Tunisie: une trentaine de députés quittent le parti Nidaa Tounes

Vue d'ensemble de l'Assemblée tunisien en session le 2 décembre 2014 à Tunis.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

En Tunisie, 32 députés de Nidaa Tounes ont décidé, dimanche 8 novembre, de démissionner du bloc du parti présidentiel à l'Assemblée. La semaine dernière déjà, ils avaient gelé leur adhésion après des violences dont ils avaient été victimes, et qu'ils attribuent à l'autre mouvance du parti, celle de Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président de la République tunisienne. Le parti présidentiel, qui compte 86 députés à l’Assemblée, est plus divisé que jamais.

C'est sur une feuille volante que les noms et les signatures des 32 élus ont été couchés très tôt ce lundi matin. Preuve que les discussions se sont poursuivies tard la veille, pour les en dissuader. Le vice-président du parti Mohamed Ennaceur, qui est également président de l'Assemblée, s'est chargé hier soir de recueillir les doléances de ces députés.

Ils demandaient avant tout la tenue du Congrès du parti Nidaa Tounes, qui est maintes fois repoussée depuis un an. Cela a favorisé un statu quo où les instances actuelles du parti sont contestées par les uns et les autres. Pour preuve : c'est lors de la réunion du bureau exécutif au début du mois que des violences ont éclatées contre des membres du parti à Hammamet. Cette instance, le bureau exécutif, n'est pas reconnue par la mouvance proche de Hafedh Caïd Essebsi, fils de l'actuel président de la République, accusé par les députés frondeurs de vouloir faire main basse sur le parti.

Les signataires attendent justement du président de la République, également fondateur de Nidaa Tounes, qu'il s'exprime sur les divisions actuelles au sein de la mouvance. Si d'aucuns estiment que le chef de l'Etat doit se tenir au-dessus des partis et ne pas intervenir, l'heure est grave. Un éclatement du bloc présidentiel à l'Assemblée favoriserait forcément Ennahda, le parti islamiste, deuxième parti à l'Assemblée.

Conséquences modérées

Le parti islamiste Ennahda occupe maintenant 32% des sièges contre 25% pour Nidaa Tounes privé de ses frondeurs. Mais si la nouvelle donne redessine la carte de la Chambre, elle ne devrait pas avoir d'impact immédiat sur le gouvernement de coalition toujours dominé par Nidaa Tounes.

Ce gouvernement a le soutien des 54 membres restants de Nidaa Tounes mais aussi celui des partis qui sont déjà partenaires au gouvernement, dont Ennahda, et les centristes d’Afek Tounes. Bref, l'action du gouvernement ne devrait pas être gênée par la démission des 32 frondeurs. D'autant moins que ces derniers ont rappelé encore lundi soir qu'ils continueraient de soutenir le gouvernement.

En revanche, rien n'exclut que la crise actuelle, si elle persiste, n'incite les différentes forces politiques, Ennahda en tête, à revoir leurs prétentions, notamment ministérielles à la hausse.Auquel cas, la marge de manœuvre du gouvernement Essid deviendrait, à coup sur, plus restreinte.

Il s'agit d'une opération d'OPA, notamment à travers Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président de la République, qui guide ce processus de putsch au sein de Nidaa Tounes...
Sabrine Ghoubantini
10-11-2015 - Par Aabla Jounaïdi