L'Angola a 40 ans: verrouillage politique et croissance économique

Vue du centre ville de Luanda, la capitale de l’Angola.
© Getty Images/Kostadin Luchansky - Angola Image Bank

Ancienne colonie portugaise, l’Angola a accédé à l’indépendance le 11 novembre 1975, avant de plonger dans une guerre civile qui a duré 27 ans. Fort de ses vastes potentialités économiques, ce grand pays de l’Afrique équatoriale a renoué au cours des dix dernières années avec la paix et la croissance. Mais sa prospérité ne profite qu’à une élite proche de son président inamovible.

Ce mercredi 11 novembre,l’Angola a fêté en grande pompe les 40 ans de son indépendance. Les autorités de cette ancienne colonie portugaise, devenue un géant pétrolier et la troisième puissance économique du continent africain derrière le Nigeria et l’Afrique du Sud, n’ont pas lésiné sur les moyens.

Les festivités de l’indépendance angolaise ont débuté mardi avec un méga concert du chanteur américain Stevie Wonder dans la capitale, Luanda, et se sont poursuivies mercredi avec un défilé militaire qui s’est déroulé sur la Marginale, l’imposant boulevard longeant la baie de Luanda. Parmi les 7 000 invités à cette cérémonie officielle, les principaux chefs d’Etat de la région : du Congolais Joseph Kabila au Sud-Africain Jacob Zuma, en passant par le Zimbabwéen Robert Mugabe, pour ne citer que ceux-là.

« Joyau » de l’empire portugais

C’est au terme de 14 années de combats acharnés contre le colonisateur portugais que l’Angola a accédé à l’indépendance le 11 novembre 1975. Considéré comme le « joyau » de l’empire africain du Portugal, il fut la dernière colonie lusophone à recouvrer la liberté, après Säo-Tomé et Principe, la Guinée-Bissau et le Mozambique.

Les débuts de la colonisation de l’Angola datent du XVIe siècle lorsque les Portugais débarquèrent dans l’Afrique équatoriale à la recherche d’argent et fondèrent la ville de Luanda. N’y trouvant la moindre trace du métal précieux qu’ils recherchaient, ils s'attachèrent à transformer cette ville portuaire en une plateforme majeure pour la traite négrière. C’est en effet de Luanda que des centaines de milliers d’Africains partirent, dans des conditions que l’on sait, vers des champs de coton du Nouveau monde, notamment ceux du Brésil et de Cuba.

Après l’abolition de l’esclavage par le Portugal en 1910, l’Angola devint une terre d’émigration privilégiée pour les Portugais qui se sentaient à l’étroit dans leur petit pays, en butte à une crise économique grave. La population portugaise d’Angola passa de 20 000 à plus de 300 000 habitants entre 1920 et le début des années 1970. C’est à partir des années 1960, sous l’influence de ce qui se passait ailleurs sur le continent où les colonies françaises et anglaises accédaient progressivement à l’indépendance, que les premières révoltes éclatèrent dans les possessions portugaises. Tenus trop longtemps à l’écart des champs politique et économique, les populations noires de ces colonies réclamaient plus de libertés et d’intégration, mais leurs manifestations pacifiques furent violemment réprimées par les autorités coloniales, poussant les mouvements indépendantistes à lancer des insurrections armées.

Des soldats du mouvement nationaliste angolais UNITA défilent, le 15 novembre 1975 à Nova Lisboa, quelques jours après la proclamation de l'indépendance de l'Angola. © AFP

L’Angola n’a pas dérogé à la règle. Son accession à l’indépendance en 1975 fut le résultat d’une longue lutte armée menée par divers mouvements de libération qui opéraient sur son territoire dès les années 1960 et dont les plus connus sont le Mouvement populaire  pour la libération de l’Angola (MPLA), d’obédience marxiste-léniniste, le Front national de libération de l'Angola (FNLA) et l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), financé, lui, par les Etats-Unis et l’Afrique du Sud d’avant la fin de l’apartheid. Paradoxalement, les deux mouvements indépendantistes concurrents qui ont libéré l’Angola, ont aussi été ceux qui ont plongé ce pays, dès le lendemain de son indépendance, dans une des guerres civiles les plus longues et les plus sanglantes du continent africain. Cette guerre dura 27 ans (1975-2002) et fit plus d’un million de morts. Elle ne s’arrêta qu’en 2002, à la mort du chef historique de l’Unita, Jonas Savimbi.

Bidonville et pétrodollars

Au total, les Angolais auront connu 41 années de peur, de destructions et de tragédies. Pour beaucoup d’observateurs, la véritable indépendance angolaise ne date pas de 1975, mais de la signature des accords de cessez-le-feu de 2002 qui marquent la fin de la guerre civile. Ils créèrent les conditions de la croissance économique vertigineuse que le pays connaît depuis une dizaine d’années. Il a même enregistré des taux de croissance à deux chiffres pendant trois années de suite : 20,2% en 2006, 24 ,4% en 2007 et 16% en 2008.

Cette forte croissance de l'économie est liée à l’exceptionnelle richesse des ressources naturelles que l'Angola possède. Ce pays est le 2e producteur d’Afrique subsaharienne de pétrole, ressource qui assure 75% des recettes fiscales de ce pays et 90% de ses exportations. Son sous-sol est également riche en gaz, diamants et de nombreuses autres ressources minérales qui vont du fer à phosphates, en passant par le cuivre, la manganèse et l’uranium.

L'afflux des pétrodollars est en train de changer le visage de ce pays, mais la distribution de cette manne demeure encore profondément inégalitaire et ne profite, en raison de la corruption et du népotisme, qu'à une petite élite proche du pouvoir. Ce qui explique pourquoi malgré les forts taux de croissance de l'économie, la moitié de la population de l'Angola vit encore avec moins de 2 dollars par jour. « 20% des Angolais les plus riches se partagent 60% des revenus nationaux, alors que 20% des plus pauvres n'ont que 7% des revenus », relève l'économiste Alves Da Rochas interrogé par l'Agence France-Presse.

Rien n’incarne mieux les inégalités sociales qui caractérisent l’Angola contemporain que sa capitale Luanda, devenue l’une des villes les plus chères au monde. Dans cette cité coloniale, plus de 80% de la population s’entasse dans des bidonvilles, alors que le centre-ville regorge d’hôtels de luxe bâtis avec l’argent de la rente pétrolière.

Cette situation est d’autant plus incompréhensible que le MPLA qui gouverne le pays depuis l’indépendance continue de se situer à gauche sur l'échiquier politique, après s'être débarrassé de son étiquette « marxiste-léniniste ». Chose qui ne serait pas si incompréhensible que ça, si l'on écoute les activistes des mouvements de jeunesse angolais qui militent régulièrement depuis quelques années  pour de meilleures conditions de vie pour la population de leur pays : « Après 40 ans d'exercice solitaire de pouvoir, le parti-Etat MPLA ou Mouvement populaire pour la libération de l'Angola n'a désormais de populaire que le nom !»