Putsch: l'enregistrement qui agite le Burkina et la Côte d’Ivoire

Le général Diendéré, à la tête du pustch raté, à l'aéroport international de Ouagadougou, le 23 septembre 2015.
© REUTERS/Joe Penney

Depuis jeudi un document sonore fait couler beaucoup de salive d'Abdijan à Ouagadougou. Il s'agit d'un enregistrement de conversation téléphonique qui daterait du putsch de septembre dernier au Burkina Faso dans lequel on entend deux hommes discuter de la façon d'empêcher l'échec du putsch de Gilbert Diendéré.

Le document audio n'est pas authentifié et ne le sera sans doute jamais. On y entend deux hommes évoquer longuement et en détail les moyens d'éviter l'échec du putsch de Gilbert Diendéré au Burkina Faso, au moment crucial où ce coup d’Etat est dans l'impasse.

L'un d'eux propose d'organiser des opérations de déstabilisation armées et d'offrir pour cela au second d'importants moyens financiers.

Ceux qui révèlent ce document affirment que c'est une conversation entre Guillaume Soro, le président de l'Assemblée nationale ivoirienne et Djibril Bassolé, qui est en prison à Ouagadougou accusé de haute trahison.

« Un montage grossier »

Les voix des deux hommes sont-elles celles du Burkinabè Djibril Bassolé et de l'Ivoirien Guillaume Soro ? Non, rétorque le porte-parole de Guillaume Soro qui évoque un montage grossier fait à l'aide d'un imitateur. Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne a, dit-il, fait mener une expertise indépendante de l'enregistrement pour le prouver.

« C’est un montage, un montage grossier, assure Moussa Touré. Nous avons pris la peine de faire expertiser cet enregistrement par un expert indépendant. Ce rapport explique clairement qu’il y a des distorsions, des altérations, des rajouts de voix qui font que ce document est à 99% un document totalement falsifié. »

RFI : Pour vous c’est donc un document falsifié à partir d’extraits de la voix de Guillaume Soro, c’est bien ça ?

« Et pire encore, à partir même souvent d’imitations de la voix de Guillaume Soro », souligne le porte-parole.

Ce document sonore diffusé sur le site d'un journaliste ivoirien qui fut longtemps un partisan de Laurent Gbagbo circulait aussi depuis quelque temps à Ouagadougou, apprend-on de source journalistique. Dans la capitale burkinabè, aucune autorité officielle ne souhaite commenter cet enregistrement.

Une affaire qui fait couler beaucoup d'encre à Abidjan

Le sujet fait la Une des journaux : « Une bande sono accable Soro », titre l’Inter qui fait un compte-rendu de la conversation présumée entre le président de l’Assemblée nationale ivoirien et l’ex-chef de la diplomatie burkinabè, tout en s’interrogeant sur l’authenticité du document sonore. Sur deux pages, en ouverture, le quotidien fait un résumé du document et donne la version du porte-parole de Guillaume Soro, Moussa Touré, et qui ironise sur le document qualifié d’« amusant », de « ridicule » et d’« enfantin ».

Moussa Touré qui, pour étayer ses doutes sur cet enregistrement, souligne qu’on entend trois tonalités différentes sur la bande sonore et que jamais l’homme qui a dirigé la rébellion ivoirienne pendant huit ans ne commettrait l’imprudence de communiquer sur un réseau téléphonique non sécurisé.

« Montage grossier », affirme également le journal Nord-Sud qui parle lui d’une cabale à l’encontre de Guillaume Soro et conclut à un « pétard mouillé » pour discréditer le président de l’Assemblée.

Les quotidiens d’opposition, eux, s’en donnent à cœur joie, se lâchent : « Soro avoue tout dans une communication avec Bassolé », affirme Le Temps, qui retranscrit lui aussi la conversation présumée, tout comme Notre Voie qui évoque un « entretien téléphonique accablant ».

Enfin, le billet hebdomadaire satirique, L'Eléphant déchaîné, souligne qu’en cette période de réforme constitutionnelle et de création d’une vice-présidence en Côte d’Ivoire, le deuxième personnage de l’Etat, Guillaume Soro, n’a vraiment pas besoin d’être la vedette d’un complot contre les autorités du Faso.