RDC: le fichier électoral n'est pas encore au point, selon l'OIF

Des agents électoraux de la Céni en RDC recomptent les voix en 2011.
© AFP PHOTO / SIMON MAINA

La révision du fichier électoral est une question cruciale pour la crédibilité du processus électoral en RDC, mais aussi une source de tension entre majorité et opposition. Une mission de l’OIF a rendu public ce jeudi un rapport d’audit sur le fichier dont dispose le pays et qui estime le corps électoral à un peu plus de 30,7 millions d'électeurs. A un an de l'élection présidentielle, la commission électorale a encore du pain sur la planche.

La mission d’audit de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) relève que le fichier électoral même s’il a été officiellement « stabilisé » ou « fiabilisé » ne peut permettre d’organiser des élections répondant aux standards internationaux. Pourtant, entre l’élection très contestée de 2011 et aujourd’hui, la commission électorale a déjà radié pas moins de 840 000 inscrits, des doublons, et il y en aurait encore 250 000 à 300 000, selon cette mission d’audit de l’OIF.

20% du corps électoral absent du fichier électoral

La grosse faiblesse de ce fichier est qu’il n’inclut pas les quelque 8,5 millions de jeunes ayant passé la barre des 18 ans depuis 2011 et n’a pas exclu les 1,6 million de personnes décédées depuis.

Malgré un phénomène de surinscription sur les générations précédentes, 7 millions d’électeurs « réels » potentiels pourraient, si rien n’est fait, ne pas pouvoir voter. Pour le général Sangaré, qui est à la tête de cette mission d’audit, il est très clair que si 20% du corps électoral est exclu, c’est contraire à l’idée d’un suffrage universel ou même crédible. Il faudrait donc, estime cette mission d’audit, réviser la loi congolaise qui prévoit que les provinciales, les municipales et les locales soient organisées sur base de ce fichier.

Une révision pour rendre le processus crédible

La révision du fichier électoral est un sujet qui crée beaucoup de tension. La majorité souhaiterait un recensement général de la population pour avoir un fichier électoral « parfait » et pas seulement « acceptable ». Une opération qui pourrait prendre deux à quatre ans, selon les experts et prolonger d’autant le mandat du président Joseph Kabila. Une idée qui fait hurler l’opposition. L’opposition, elle, n’est pas contre le principe d’une révision, mais d’un simple enrôlement.

Pour la mission de l’OIF, enrôler les nouveaux électeurs et radier ceux qui sont décédés suffiraient à rendre le processus crédible. Elle encourage toutefois le gouvernement à moyen terme à créer un véritable état civil avec une liste électorale mise à jour chaque année, mais aussi à délivrer des pièces d’identité valant preuve de nationalité.

Des délais techniquement tenables

Pour le rapporteur de la Céni, Jean-Pierre Kalamba Mulumba, toutes ces questions doivent faire l’objet d’un consensus entre la majorité et l’opposition. Mais techniquement, si on lui donne enfin les moyens et les machines nécessaires, la commission estime pouvoir tenir les délais impartis.

Pour l’envoyé spécial de l’OIF pour les Grands Lacs, avoir un fichier acceptable et respecter les délais constitutionnels pour la présidentielle seraient possible s’il y avait la volonté, à un ou deux mois près.

Un autre enjeu serait de mieux équilibrer la répartition des électeurs par centres de vote. 14% des sites accueillent moins de 50 électeurs. 2% plus de 10 000. La mission relève également qu’il y a des centres de vote qui ont été géolocalisés hors de du territoire de la RDC par erreur et que 1,3% des électeurs ne sont toujours affectés à aucun centre de vote.