Attaques à Paris: condamnations et appels à la solidarité en Afrique

Hommage de Parisiens aux victimes des attentats.
© REUTERS/Christian Hartman

Après les attaques perpétrées à Paris et à Saint-Denis, qui ont fait au moins 129 morts et de nombreux blessés, vendredi 13 novembre au soir, c’est l’émotion et le choc dans la capitale française, mais aussi ailleurs dans le monde. Du continent africain sont venus des condamnations et des appels à la solidarité. Plusieurs chefs d’Etat africains ont réagi. Le président français, François Hollande, a reçu, samedi 14 novembre, peu après 12h00, son homologue tunisien, Béji Caïd Essebsi.

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, en visite privée en France, a été reçu par son homologue français, François Hollande. A l’issue de son bref entretien, il a condamné les attentats. « La Tunisie condamne énergiquement ces agissements barbares et elle appelle tous les peuples épris de liberté à coordonner leurs efforts contre ce mal », a-t-il affirmé dans une déclaration à la presse. Le président tunisien a également lancé un appel à la solidarité et rappelé que personne n'est à l'abri. « Chaque pays doit se sentir concerné, il n’y a pas un seul pays qui soit à l’abri d’une action pareille et la réponse doit être une réponse collective, une réponse solidaire », a-t-il déclaré.

Dans la nuit déjà, la présidence tunisienne condamnait fermement l'acte terroriste « odieux », dans un communiqué. Condamnation également du parti islamiste, Ennahdha, qui a dénoncé les « crimes terroristes » ciblant des civils innocents.

La Tunisie a, elle aussi, été frappée cette année par des attentats meurtriers au musée du Bardo, en mars, puis dans un complexe hôtelier de Sousse en juin. « Après Paris, après le Bardo, après Sousse, l'horreur a de nouveau frappé à Paris. Nos peuples sauront vaincre la barbarie », a assuré de son côté, Saïd Aïdi, ministre tunisien de la Santé.

La France et son engagement militaire

Les attentats de Paris ont fait réagir les dirigeants du monde entier et c’est le cas également, sur le continent africain, du président du Niger, Mahamadou Issoufou, qui a condamné et qui ne s'est dit toutefois pas surpris par ces attentats dans les rues de Paris. « L'ampleur des attaques a été surprenante mais l'attaque elle-même n'a pas surpris car à partir du moment où on est engagés dans un tel combat, on n'est jamais à l'abri. […] La France est un pays très engagé dans un combat qui nous est commun, un combat pour des valeurs communes. La France est engagée en Syrie, en Irak. Elle est engagée également en Afrique dans le cadre de l’opération Barkhane. C’est vrai, je crois que la France paye, quelque part, le prix pour ces interventions. Ce qui s’est passé hier à Paris, ne doit pas nous détourner de cet objectif », a déclaré le président Mahamadou Issoufou.

De son côté, le porte-parole du gouvernement du Gabon, Alain Claude Bilié Bi Nzé, lui, ne croit pas à l’idée selon laquelle la France paie le prix de son engagement militaire. « La France, lorsqu’elle intervient, elle défend des principes universels de liberté, d’égalité, et ce qui s’est produit peut apparaître comme une représaille mais on ne peut pas parler de " payer un prix " parce qu’effectivement, la liberté a un prix mais cette liberté, nous devons tous la défendre et c’est le sens de l’action que la France mène à travers le monde par ses interventions et nous les soutenons », a déclaré le porte-parole du gouvernement gabonais.

Réaction également d'Ali Bongo sur Twitter. Le président gabonais dénonce des attaques terroristes « abjectes ». Des attaques qui « ne visent pas seulement la France », mais « tous les peuples libres » du monde.

En RCA, « les autorités centrafricaines de la transition, le peuple centrafricain tout entier, qui bénéficient de l’appui de la France pour la sécurité de leur pays, ne peuvent rester indifférents » assure Clément Anicet Guyiama Massogo, porte-parole de la présidence de transition en Centrafrique. Une présidence qui « condamne fermement ces attaques terroristes », qu'elle qualifie par ailleurs d'actes « barbares et ignobles », « inhumains et injustifiés ».

« Tolérance zéro » vis-à-vis des terroristes

Samedi, le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a solennellement remis à l'ambassadeur de France à Kinshasa, un message à transmettre au président français, dans lequel il assure à la France la « solidarité des institutions de la RDC et du peuple congolais dans la lutte contre le terrorisme et la barbarie que rien ne peut justifier ». De son côté, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, plaide pour la tolérance zéro vis-à-vis des terroristes. « Le gouvernement congolais est choqué par cette violence humainement inacceptable qui a frappé Paris, ce vendredi. Il exprime sa compassion et sa solidarité avec l’ensemble du peuple français et il invite la communauté internationale à ce que soit développée, sans retard, une politique de tolérance zéro vis-à-vis des actes de terrorisme sous toutes les latitudes et sous quelque forme que ce soit parce que de tels actes ne peuvent trouver aucune justification », a déclaré Lambert Mende.

« C'est un grand choc », confie le ministre des Affaires étrangères de la Tanzanie, Bernard Membe, qui considère par ailleurs que ces attaques « ne doivent pas décourager les autorités françaises de prendre des mesures, de soutenir les frappes contre ces terroristes pour qu’ils ne recommencent pas ».

Le président du Sénégal, Macky Sall, s’est également exprimé sur RFI sur les attentats. Il a fermement condamné « ces actes barbares qui s’attaquent, au-delà de la France et du peuple français, à notre humanité commune », a-t-il dit.

Le président d'Afrique du Sud, Jacob Zuma, présente ses condoléances au gouvernement français et aux familles des victimes. Il rappelle que le terrorisme, « sous aucune de ses formes », ne peut être toléré.

Vive condamnation également de la part de la Côte d'Ivoire. Le président Alassane Ouattara a adressé un message de condoléances et de soutien à son homologue français. Joint par RFI, Bruno Koné, porte-parole du gouvernement ivoirien a tenu à s'exprimer.

« Evidemment, notre pays est triste. Notre pays, la Côte d'Ivoire, condamne avec la plus grande fermeté ce qui s'est passé. Ces attentats sont barbares ; la France ne les mérite pas. A nos yeux, la France est encore la belle image de la tolérance, de la liberté, la France des droits de l'homme. Nous sommes donc choqués. Vous savez, pour beaucoup d'Ivoiriens, la France est pratiquement notre deuxième pays, et donc nous sommes touchés autant que les Français par ce qui s'est passé cette nuit », a déclaré, à RFI, Bruno Koné, porte-parole du gouvernement ivoirien.

De son côté, « c'est avec consternation et effroi » que la Guinée a appris la nouvelle, a fait savoir Albert Damantang Camara, porte-parole du gouvernement guinéen. « La Guinée considère que la France est un pays frère et ami. [...] Elle se sent personnellement touchée par ce qui est arrivé à Paris », a-t-il déclaré, en assurant que c'était un « sentiment partagé par les populations guinéennes ». Peu de temps après, le Premier ministre guinéen s'est rendu avec une délégation à l'ambassade de France pour exprimer officiellement les condoléances de Conakry.

Aux Comores, le président Ikililou Dhoinine a réagi immédiatement en ordonnant que la gendarmerie renforce la sécurité. Houmed Msaïdié, ministre de l'Intérieur et porte-parole du gouvernement, a exprimé ses condoléances aux familles, qualifiant les attentats d' « abominables, insensés, incompréhensibles et inattendus ».

Mobilisation et coalition

Au Nigeria, le président Muhammadu Buhari s’est dit « très choqué et profondément attristé en apprenant que des innocents avaient été victimes d’attentas terroristes haineux et lâches ». Ces attentats « représentent une insulte inacceptable à toutes les valeurs humaines et aux normes de la civilisation », a-t-il ajouté dans un communiqué. Il a appelé « toutes les nations éprises de paix dans le monde à intensifier la coopération multilatérale et la collaboration au niveau de l’action pour mettre rapidement fin au fléau du terrorisme international ». Le Nigeria affronte, depuis six ans, les islamistes armés du groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ex-Boko Haram).

Au Tchad, Ahmat Mahamat Bachir, ministre de la Sécurité appelle, lui aussi, à une mobilisation de la communauté internationale. « Nous, nous regrettons amèrement. Nous disons, une fois de plus, que les terroristes sont là. Que la communauté internationale se mobilise pour lutter contre le terrorisme sauvage. Aujourd’hui, nous présentons toutes nos condoléances à toutes les victimes en France. Hier, cela se passait au Nigeria, au Tchad, aux Etats-Unis. Aujourd’hui, c’est la France et ils continuent. Donc, mettons-nous ensemble pour les mettre hors de nuire », a déclaré Ahmat Mahamat Bachir.

Une coalition qu'appelle également de ses vœux Modibo Keita, le Premier ministre du Mali. « L’attachement presque historique et culturel de la France aux valeurs de liberté, de démocratie et de solidarité, comme tous les autres peuples, l’expose aujourd’hui à des actes de violence et ce n’est pas seulement parce qu’elle est attachée circonstanciellement à défendre la liberté dans certaines zones du Mali et de l’Afrique. En réalité, le terrorisme, aujourd’hui, n’a pas de frontières et, par conséquent, il faut une coalition », a souligné le Premier ministre malien. Le président IBK, lui, a assuré que le Mali était « solidaire et en sympathie totale avec le peuple de France qui, il n’y a pas longtemps, a montré à notre peuple sa solidarité en envoyant ses fils mourir en terre malienne. Cette France-là peut compter sur nous et sur le monde entier. »

La France a également reçu le soutien du Kenya. « Le peuple et le gouvernement kényan se tiennent aux côtés de la France », a déclaré le président Uhuru Kenyatta. « Nous sommes solidaires de la France en ces temps de douleurs extrêmes, nous sommes prêts à apporter toute aide qu’elle pourrait nous demander », a assuré le porte-parole de la présidence kényane, Manoah Esipisu. Et d'ajouter : « Il faut que nous soyons ensemble au sein de la communauté internationale pour faire face au terrorisme », alors que le pays reste très profondément marqué par le terrorisme jihadiste à Westgate.

L'Ouganda, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Okello Oryem, condamne « les attaques incroyables et lâches » de Paris. Il demande, lui aussi, une plus grande mobilisation de la communauté internationale face à la menace terroriste : « Nous appelons la communauté internationale à redoubler d’efforts contre ces gens qui sont impliqués dans le terrorisme qui frappe les innocents et ce afin d’éradiquer totalement ce genre de comportement partout dans le monde ».

Le roi du Maroc Mohammed VI a également fait part de sa « profonde tristesse » en adressant dès vendredi soir une lettre à François Hollande, présentant « aux familles des innocentes victimes de ces actes criminels et à l’ensemble du peuple français, [ses] condoléances les plus attristées » et condamnant « avec la plus grande vigueur ces actes terroristes abjects ».