Journée mondiale des toilettes: quelques initiatives en Afrique

Une petite fille sort des latrines du bidonville de Kibera, à Nairobi, où le manque d'hygiène menace en permanence la santé des habitants.
© AFP PHOTO/Tony KARUMBA

Le 19 novembre est la journée mondiale de l'accès à l'eau et à l'assainissement. Plus connue sous le nom de journée mondiale des toilettes, cet événement a pour objectif de rappeler que 2,5 milliards d'individus dans le monde n'ont pas accès à un assainissement adéquat et qu’il est urgent d’améliorer l’hygiène dans nombre de pays. Même si des progrès ont été faits, l'Afrique reste, avec l’Asie, l’un des continents le plus touchés, et les conséquences sont souvent graves pour la santé. Petit état des lieux des initiatives en Guinée, au Sénégal et au Bénin notamment.

Bénin: les habitants de Zakpota construisent leurs propres latrines

Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance, l'Unicef, chaque année 7 000 personnes meurent des suites de maladies diarrhéiques dans le pays. Elles sont causées par un manque d’eau salubre, d’assainissement ou d’hygiène de base.

Au Bénin on lutte contre ces problèmes avec une approche particulière : celle d'un programme appelé « Assainissement total piloté par la communauté ». Les habitants construisent des latrines eux-mêmes, avec le soutien de l'Unicef. Et cela présente plusieurs avantages, explique Antoine Affokpofi. Il est le maire de Zakpota. Il y a un an un village de cette commune a été certifié premier village à avoir mis fin à la défécation à l’air libre au Bénin.

« Nous sommes fiers d’avoir porté une expérience pilote qui a marché. Le profit c’est que nous n’avons plus à dépenser beaucoup d’argent pour aller acheter les médicaments liés aux maladies, les maladies liées au fait de déféquer à l’air libre, explique-t-il. L’air n’est plus pollué. Et avec la technologie, nous n’avons plus besoin de dépenser beaucoup d’argent pour construire les latrines. Et les latrines ont permis de valoriser les matériaux locaux. C’est le bois qu’on va chercher à côté, c’est la terre qu’on va chercher à côté et qu’on utilise pour construire la structure qui va abriter les latrines. Donc voilà autant d’avantage qui font que ce projet est bienfaisant pour notre communauté. »

Guinée: à Conakry, la lutte contre les mauvaises habitudes

A l'école Féderico Mayor de Conakry, une file d'attente se forme autour de la nouvelle fontaine à eau. Avant les travaux, seules trois latrines étaient fonctionnelles pour 1 000 élèves, explique Aicha. « Avant, il n’y avait pas de robinet mais alors là, il y en a. Il y a beaucoup de toilettes maintenant. On peut rentrer comme on veut, c’est propre. »

Dans le quartier de cet établissement, au cœur du centre ville, il n'existe pas ou peu de toilettes publiques. Mamadou Kaba est coordinateur des urgences pour l'ONG Terre des hommes. « Dans ce quartier, le matin, quand vous venez le long de la mer, vous allez assister à des scènes, c’est pas possible ! Tout un monde qui vient déféquer au bord de la mer. Mettre les latrines dans un milieu urbain c’est un besoin qui s’impose », insiste-t-il. Sans cela, de nombreuses maladies risquent de se propager : « c’est le choléra, c’est l’Ebola, c’est d’autres maladies diarrhéiques. »

Problèmes de santé, donc, mais également risques pour l'environnement car souvent, dans la capitale, les eaux usées sont déversées directement dans la mer. Et les conséquences sont nocives pour les habitants.

Mais pour Mamadi Cissé, président de Sauvons l'environnement, la priorité, c'est d'abord convaincre la population d'utiliser des toilettes privées. « La plupart des familles utilisent les toilettes communes. Et cette culture fait que les gens pensent toujours que les toilettes sont à partager. » En Guinée, selon l'ONG Coalition Eau, seul 19% de la population ont accès à un assainissement privé et amélioré.

Sénégal: la commune de Diawara et son grand château d’eau

« Pour atteindre Diawara, il faut manger la poussière sur des pistes cahoteuses » avait prévenu un élu. Cette bourgade surplombe le Sénégal, fleuve nourricier mais de plus en plus pollué. Le nouvel emblème de la ville, c’est un château d’eau de 15 mètres de haut, 150 mètres cubes, collé à une station de traitement. « Les populations qui sont desservies, c’est environ 16 000 habitants », explique Oumar Dem, des services hydrauliques.

Killé Sarrow, le jeune maire de 32 ans, s’est battu pour ce château d’eau financé par la diaspora et l’Etat français, pour un montant total de 387 000 euros. La vie a changé, notamment pour les femmes de Diawara. « Nous avions d’énormes difficultés. Les femmes se levaient à 5h du matin, ici à Diawara. Ce château d’eau vraiment, ça a réglé beaucoup de problèmes. Actuellement nous avons de l’eau en permanence », assure le maire.

Babary Koita vit entre Diawara et Paris, pour lui, la priorité : avoir l’eau potable pour une meilleure santé. « Avant on buvait l’eau directement du fleuve, l’eau brute, ce qui fait qu’on avait pas mal de maladies. Des maladies comme la bilharziose, etc. C’est une grande avancée en tout cas. »

Reste que le mètre cube coute 400 francs CFA, 60 centimes d’euros. Un prix relativement élevé pour cette région ou l’activité économique est réduite, où les chômeurs sont nombreux et la vie basée principalement sur la débrouille.


Les migrants de Calais, eux-aussi concernés

Le problème se pose également en Europe où 20 millions de personnes n'ont pas accès aux latrines, en majorité des migrants. Le camp de migrants de Calais en est un bon et triste exemple. Gilbert Potier, directeur des opérations internationales à Médecins du Monde (MSF) revient sur les difficultés liées à ce déficit de toilettes.

« En fait les migrants se mettent dans des sites qui sont des sites de blocage. Puisque les migrants veulent aller pour une partie en Angleterre, pour une autre en Allemagne. Mais ce sont des sites sauvages et pour lesquels le gouvernement ne prend pas les bonnes dispositions. C’est-à-dire qu’on ne considère pas ces sites comme des camps et on applique pas les règles internationales qui devraient s’appliquer dans un camp ou la gestion d’un camp. […] A MSF, avec d’autres associations, on a appliqué les normes internationales et on s’est rendu compte qu’il manquait 50 latrines sur la totalité du camp [de Calais]. Donc c’est un vrai problème. Et justement lorsqu’il n’y a pas d’accès à l’eau et aux latrines, on a un risque de contamination important et de propagation des maladies qui sont ce qu’on appelle le « péril fécal », tout ce qui y a autour de la dissémination des maladies, l’élimination des selles. »