Attentats de Paris: à Abidjan ou Bissau, la société civile solidaire

Dans une rue de Bissau (2011).
© Flickr/cc Rising Voices

Dans les pays ouest-africains, les différentes communautés ont été profondément affectées par les attentats de Paris, aussi loin puissent-elles être. Elles ont tenu à témoigner de leur chagrin. A Abdidjan, les artistes se sont mobilisés. A Bissau, c'est toute l'administration qui s'est figée pendant trois minutes. Reportages.

Emouvante soirée hommage hier soir à l'Institut français d'Abidjan. Un collectif d'artistes ivoiriens s'est spontanément mobilisé pour exprimer son soutien et sa compassion aux victimes des attentats du 13 novembre et à la communauté française de Côte d’Ivoire. Au terme d'une heure de spectacle varié, l'ensemble des participants a repris les hymnes ivoiriens et français, l'« Abidjanaise » et la « Marseillaise », accompagnés de manière inédite au balafon. RFI a demandé a deux des artistes présents le comédien Ahmed Souané et la chanteuse Ahidi Sah ce qui les avait poussés à organiser une telle soirée hommage.

Ahmed Souané : Nous avons pris l’initiative d’organiser une telle cérémonie d’hommage aux victimes du 13 novembre parce que nous sommes tous victimes du 13 novembre. Nous sommes tous victimes du terrorisme. Lorsqu’on s’attaque à la culture, on s’attaque à faire disparaître un peuple, parce qu’un peuple sans culture, ça n’existe plus. »

Ahidi Sah : C’est vraiment important pour moi vu que nous aussi, en Côte d’Ivoire, on a traversé des moments comme ça. C’est vrai que c’est un peu différent mais là, le terrorisme, il bat toujours son plein. Vraiment quand j’ai appris qu’il y a eu des Français et même des habitants de toute origine, partout dans tous les pays, qui ont vraiment subi ce tort-là, cette méchanceté-là, je ne pouvais qu’être présente pour dire quelque chose de part ma voix. Ce que je sais faire le mieux, c’est chanter.

Ahmed Souané : Tout le monde était affecté, surtout quand nous avons entendu « explosion, attentat au Bataclan » parce que pour nous, le Bataclan c’est un mythe. Chaque artiste ivoirien rêve de se produire au Bataclan. Alors nous ne pouvons pas rester indifférents. Nous nous sentons, au plus profond de notre être, touchés par ces bombes, par ces éclats. Et depuis Paris jusqu’à Abidjan, c’est la même indignation, c’est le même mal, c’est la même ferveur de dire : non nous n’allons pas avoir peur, non nous n’allons pas baisser les bras. Nous restons debout face à l’adversité, face à ceux qui veulent détruire la culture.

La mobilisation spontanée des Bissau-Guinéens

Des centaines de Bissau-Guinéens ont affiché leur solidarité avec les victimes des attentats du 13 novembre. L'administration s'est arrêtée de travailler pendant trois minutes pour marquer l'événement et les radios locales ont changé leur programme pour la circonstance.

La place des Martyrs de Pindjiguit est parée de bleu-blanc-rouge en hommage aux victimes des attentats de Paris. Sur une estrade au milieu de la place, des centaines de personnes se sont tenu la main tandis qu’un griot égrenait quelques notes de kora en sourdine.

Puis la foule se lève et écoute en silence la Marseillaise diffusée sur haut-parleur. L’émotion était très forte. A 11 heures locales, toute l’administration s’est arrêtée pour trois minutes de recueillement.

La Guinée-Bissau affiche ainsi sa solidarité avec la France. Umeru Conté, l'un des membres du mouvement Trois minutes pour la France, une organisation créée spontanément pour rendre hommage aux victimes de la tragédie du 13 novembre, explique la démarche : « On a décidé d’organiser cette cérémonie juste pour rendre hommage aux victimes, c’est la reconnaissance de tout ce que la France a fait pour la Guinée-Bissau. »

Plusieurs responsables des associations de la société civile et des chefs religieux se sont succédé à la tribune et se disent horrifiés par la folie meurtrière des barbares fanatiques : « L’évènement nous choque tous car nous sommes des citoyens d’un Etat souverain où les valeurs de paix et de justice sont indivisibles. »

Environ 200 Français vivent en Guinée-Bissau. La plupart travaillent dans le tourisme et les produits de développement. Pour leur sécurité, la force d’attente de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a pris un certain nombre de mesures, dont les patrouilles et le déploiement d’une unité devant les édifices français.

→ A relire, la revue de presse Afrique de ce 20 novembre : Attentats, «concurrence victimaire» et Attentats: compassion sélective des Africains?