RDC: nouveaux cas de violences faites aux femmes au Sud-Kivu

Selon l'ONU, quatorze femmes ont été violées par des militaires congolais en opération dans le territoire de Kalehe, dans la province du Sud-Kivu (photo).
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C'est l'incident le plus grave de ce type enregistré en République démocratique du Congo (RDC) depuis le début de l'année. Selon le Bureau conjoint des droits de l'homme de l'ONU, quatorze femmes ont été violées par des militaires congolais en opération dans le territoire de Kalehe dans la province du Sud-Kivu. Des exactions dénoncées par l'ONU et sur lequel les autorités promettent d'agir. La conseillère spéciale du président Kabila insiste : aujourd'hui dans les rangs des FARDC, il y a une tolérance zéro. Et ce, alors que les Nations unies ont informé Kinshasa du non-renouvellement de ses troupes en Centrafrique à cause d'allégations d'abus sexuels. Des accusations que le porte-parole du gouvernement congolais a démenti hier.

Les faits remontent à la fin septembre, entre le 20 et le 22. Avec une journée apocalyptique : celle du 21. Un bataillon de l'armée congolaise se trouvait en opérations contre un groupe armé, un groupe de Raia Mutomboki qui sévit dans le territoire de Kalehe. Difficile de connaître les circonstances exactes des incidents révélés par le Bureau conjoint des droits de l'homme des Nations-unies. Mais il s'agit d'allégations très graves puisque quatorze femmes auraient été violées par des militaires de ce bataillon ; on parle également de cas de torture et d'extorsion.

Le chef du Bureau conjoint des droits de l'homme de l'ONU, José Maria Aranaz s'en est ouvert au ministre de la Justice, puis à la conseillère spéciale du président Kabila sur les violences sexuelles, avant de l'évoquer publiquement lors de la dernière conférence de presse hebdomadaire des Nations unies. La tolérance zéro n'est plus un slogan, assure de son côté la conseillère spéciale du président :« La porte des autorités de la RDC sur cette question est ouverte, indique Jeanine Mabunda Lioko, ce n’est plus une question taboue. On peut la mettre sur la table et on peut en parler parce que tout le monde considère qu’aujourd’hui, c’est une question nationale et qu’on ne veut plus être pris à défaut, pas parce qu’on veut plaire à une communauté internationale, mais tout simplement parce que les femmes représentent 52% de la population. »

Ouverture d'une procédure

Jeanine Mabunda Lioko évoque une rencontre entre le responsable onusien et l'auditeur général militaire intérimaire hier matin qui se serait soldée par l'ouverture d'une procédure auprès de l'auditorat militaire de Bukavu dont dépend le territoire de Kalehe. Si, côté onusien, on se dit encouragé par l'ouverture dont ont fait preuve les autorités congolaises sur ce cas, la conseillère spéciale du président promet de son côté une réelle transparence sur les suites judiciaires dans cette affaire.

Car, pour la conseillère spéciale du président Kabila sur les violences sexuelles, « il y a des efforts chiffrés réels qui se font. Le dernier rapport des Nations unies de 2014 de la division des violences sexuelles indique que, en 2013, nous avions presque 15 000 cas de viols dans les anciennes zones de conflit ; en 2014, nous sommes arrivés à 10 882 cas de viols. C’est 10 800 cas de trop, mais cela représente 33% de baisse en moins d’un an. Et ce n’est pas un hasard. Quand on condamne un général, comme le général Kakwavu, c’est une jurisprudence qu’on crée qui éteint les déceptions qu’il y avait eu sur les cas par exemple, pas très bien réussis, de Minova (en mai 2014, la justice militaire congolaise avait acquitté de nombreux soldats soupçonnés de viols massifs commis en novembre 2012. Peu de condamnations avaient été prononcées, NDLR) ».

Enfin, Jeanine Mabunda Liokoa rappelle qu'il existe aujourd'hui un numéro d'urgence pour les victimes de violences sexuelles, une grande campagne d'information est lancée depuis plusieurs semaines à Kinshasa, à Goma et à Bukavu. Le numéro, c'est le 08-97-000-222.