Les enjeux de la visite du pape François en Afrique

Le pape François lors de la Liturgie de la Parole pour la Journée mondiale de prière pour la Sauvegarde de la Création, dans la Basilique Saint-Pierre, au Vatican, le 1er septembre 2015.
© REUTERS/Tony Gentile

Ce mercredi 25 novembre au matin le pape François s'envole pour l'Afrique. Pendant six jours, il fera étape au Kenya, en Ouganda et enfin en République centrafricaine. Un voyage aux multiples enjeux et qui intervient notamment dans un contexte où les églises protestantes ont le vent en poupe sur le continent.

Si le premier geste fort de son pontificat a été de se rendre sur l'île italienne de Lampedusa pour jeter un regard vers une Afrique qui y fait symboliquement naufrage, jamais François, même avant d'être élu pape, ne s'est encore rendu sur le continent africain, rappelle notre correspondant au Vatican, Antoine-Marie Izoard.

De Nairobi à Bangui en passant par Kampala, durant six jours, il entend prêcher la paix, le dialogue entre religions et la lutte contre l'exclusion. S'il encouragera l'Eglise du continent, les jeunes catholiques en particulier, le pape effectuera également plusieurs visites symboliques, comme celle d'un immense bidonville au Kenya, d'un dispensaire en Ouganda, ou encore d'un camp de déplacés et d'une mosquée à Bangui, la capitale centrafricaine.

A Nairobi, le pape doit aussi visiter le quartier général des Nations unies où il devrait à la fois évoquer la protection de la planète et la lutte contre l'exclusion. En Ouganda, il devrait mettre en avant le témoignage de foi des martyrs, catholiques et anglicans, tués à la fin du 19e siècle.

« Messager de paix »

En République centrafricaine, si les conditions de sécurité le permettent, il doit encourager au dialogue et à la réconciliation, sur fond de tensions intercommunautaires. « Je souhaite de tout cœur que ma visite puisse contribuer d'une manière ou d'une autre à panser vos blessures et à ouvrir un avenir plus serein pour la Centrafrique et tous ses habitants », a-t-il déclaré à l'adresse des Centrafricains, au micro de Radio Vatican.

Des Centrafricains réagissent à la venue du pape
25-11-2015 - Par Matéo Guidoux

« C'est en messager de paix que je me rends chez vous, a-t-il ajouté. J'aurai à cœur de soutenir le dialogue interreligieux pour encourager la cohabitation pacifique dans votre pays. Je sais que cela est possible. » Reste que cette dernière étape risque de connaître quelques modifications, tant pour la sécurité du pape que pour celle des fidèles catholiques venus à sa rencontre.

Le succès des églises protestantes

Mais la visite du pape François en Afrique intervient aussi dans un contexte plus général de concurrence entre les mouvements catholiques et protestants en Afrique. Deux sensibilités chrétiennes qui cohabitent, coopèrent souvent, mais rivalisent également pour attirer les fidèles.

En 1910, selon le Pew Forum, un institut de recherche américain, la chrétienté était aux 2/3 européenne. Un siècle plus tard, aucun continent ne peut plus être considéré comme le centre de cette chrétienté. Il y a plusieurs pôles. Et l’Afrique est l’un des plus dynamiques. Le nombre de chrétiens a été multiplié par 57 en un siècle, selon Pew Forum. Un quart de l’ensemble des chrétiens de la planète est situé sur le continent.

Au sein de ce monde chrétien africain, ce sont cependant les églises protestantes, et notamment les églises dites du réveil qui ont le plus le vent en poupe : 57% des chrétiens africains sont protestants, 34% sont catholiques. L’enjeu est donc de taille. Une Afrique qui peut être moteur pour l’Eglise catholique. Mais où l’Eglise fait face à une concurrence d’autres sensibilités chrétiennes.

Nous demandons aussi le respect fondamental des gens qui viennent de différentes religions ou ethnies. Un problème encore présent en RCA mais également au Kenya.
Les défenseurs des droits de l'homme interpellent le pape
25-11-2015 - Par RFI


Le Kenya se prépare à la visite du pape

Le voyage du pape François au Kenya s'inscrit dans un contexte tendu avec les récents attentats de Paris et la prise d'otages de l'hôtel de Bamako. Mais plus encore, le Kenya, qui fournit un contingent militaire à la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom), est une cible privilégiée des islamistes shebabs qui ont déjà frappé à plusieurs reprises Nairobi.

Les autorités kenyanes en sont conscientes. Elles ont déployé 10 000 policiers rien que dans cette ville, chargés « d'assurer la sécurité sur toutes les routes que va emprunter François et dans les lieux où il se rendra », explique le chef de la police kenyane, Joseph Boinett.

Et ils ne vont pas chômer. Contrairement à la visite du président américain Barack Obama en juillet, où l'on avait invité les habitants de Nairobi à rester chez eux, cette fois, c'est le contraire. Le gouvernement encourage les gens à venir accueillir le Saint-Père, des centaines de milliers de personnes sont attendues dans les rues mercredi après-midi, à son arrivée.

Enfin, le pape François va enchaîner durant trois jours les messes, les discours et les visites sur terrain. Très attendu, son passage dans le grand bidonville de Kangemi dans le nord-ouest de la capitale, avec un message fort contre l'inégalité et la corruption, qui gangrène le continent africain.

A quelques heures de l'arrivée du pape, certains croisent des doigts, les chrétiens, eux, prient pour que les pluies, particulièrement abondantes en cette saison, ne viennent pas gâcher la fête.