Burkina Faso: le dossier Sankara au cœur des élections de dimanche

Image d'archives de Thomas Sankara.
© William F. Campbell/Time & Life Pictures/Getty Images

La transition s'achève au Burkina Faso avec les élections générales ce dimanche 29 novembre 2015, un an après la révolution des 30 et 31 octobre 2014 qui a vu le peuple chasser Blaise Compaoré. Qu'ont fait les Burkinabè de cette transition ? L'une des mesures les plus fortes fut la réhabilitation du leader de la révolution, Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987. Un dossier explosif du temps du président Compaoré qui a succédé à Sankara et qui n'est désormais plus un sujet tabou.

Dès son investiture, le président Michel Kafando donnait le ton, promettant à la famille l’exhumation du corps de Thomas Sankara. Depuis, l’enquête fermée sous Blaise Compaoré a été rouverte, le corps exhumé et les analyses d’ADN sont en cours.

Pour Alexandre Sankara, l’un des dirigeants de l’UNIR, le parti sankariste, la transition a rendu justice non seulement au héros d’un peuple, mais à ce peuple lui-même :
« Quand vous avez vécu l’insurrection populaire ici, c’est là que vous vous rendez compte qu’elle a été purement et simplement, sankariste, dit-il. Et même les leaders politiques qui sont d’obédience libérale se sont laissé entraîner dedans. Quand vous entendez le chef de l’UPC néolibéral par excellence qui crie : ‘La patrie ou la mort, nous vaincrons’, ça veut dire ce que ça veut dire ».

Les avocats de la famille Sankara sont souriants. L’enquête avance, 8 personnes ont été inculpées mais ce sont des exécutants. Maître Prosper Farama souhaite que la justice convoque les commanditaires : « La personne la mieux placée et la seule qui soit restée aujourd’hui en vie c’est Blaise Compaoré ! Forcément il faut l’entendre pour savoir sa version exacte du déroulement des faits ».

L'héritage du père de la révolution

Le mythe Sankara est vivant, pourtant paradoxalement dans la classe politique les sankaristes n’en tirent que peu de bénéfices. « C’est vrai, nous n’arrivons pas à capitaliser tout cela, à avoir des dividendes politiques sur le terrain. Mais ça, ce n’est pas la faute à Thomas Sankara ! Ça, c’est de notre faute. C’est lié au fait que les gens veulent à la tête d’un parti sankariste un autre Sankara. Avoir le charisme de Sankara ! Le leadership de Sankara ! Mais malheureusement n’est pas Sankara qui veut et nous n’arrivons pas à faire comme lui », explique Alexandre Sankara.

Thomas Sankara est réhabilité, élevé au rang de martyr. Le camp militaire de Pô porte désormais son nom. La transition a commencé à rectifier une page fondamentale de l’histoire nationale.