La Tunisie ferme sa frontière avec la Libye

La police contrôle un bus de la garde présidentielle tunisienne sur les lieux de l'attentat-suicide à Tunis, le 25 novembre 2015.
© REUTERS/Zoubeir Souiss

Le groupe Etat islamique a revendiqué l'attentat-suicide qui a frappé un bus de la sécurité présidentielle en plein centre de Tunis, le 24 novembre. Cela en fait le troisième attentat revendiqué en Tunisie par Daech. La Tunisie a annoncé mercredi soir la fermeture provisoire de sa frontière avec la Libye. Le président français, François Hollande, a apporté «personnellement» ce mercredi son «soutien» à la Tunisie lors d'un entretien téléphonique avec son homologue tunisien Béji Caïd Essebsi.

Après avoir rétabli dès mardi soir l'état d'urgence dans tout le pays et imposé un couvre-feu nocturne dans le Grand Tunis, les autorités tunisiennes ont annoncé mercredi soir une série de mesures, dont la fermeture de la frontière avec la Libye.

Car si à l'ouest, la surveillance de l'armée algérienne a redoublé, l'est de la Tunisie est aux prises avec une Libye devenu un foyer d'instabilité après la chute du régime de Kadhafi. Face au danger que représente ce chaos libyen, la Tunisie ferme donc ses frontières terrestres avec son voisin pour une durée de 15 jours. Surveillance aussi des frontières maritimes et des aéroports.

Egalement dans le collimateur des autorités, les Tunisiens radicalisés partis combattre en Syrie, en Irak ou en Libye. Ils seraient environ 5 500. Le gouvernement planche donc en ce moment sur des mesures urgentes à prendre contre ces jihadistes de retour au pays, qui risquent de menacer la sécurité intérieure. Les sites internet qui incitent au jihad seront eux, tout simplement fermés.

Le Conseil de sécurité nationale, réuni mercredi au palais de Carthage, confirme également l'instauration de l'état d'urgence pour 30 jours sur l'ensemble du territoire, mais aussi un couvre-feu, qui ne concerne que la capitale tunisienne. Des mesures exceptionnelles à respecter scrupuleusement explique Habib Essid, le chef du gouvernement, qui assure que « la loi antiterroriste sera appliquée à la lettre sans aucune indulgence ».

Le groupe Etat islamique visait l'Etat tunisien

Cette attaque est le troisième attentat du groupe Etat islamique en Tunisie. Celle du musée du Bardo, également à Tunis, en mars dernier visait des touristes. L'attentat sur une plage de Sousse en juin visait également des touristes étrangers. L'attentat du 24 novembre est bien le premier attentat-suicide qui a lieu dans la capitale tunisienne. Cette fois, c'est à l'Etat tunisien que l'organisation jihadiste s'en prend.

La cible, un bus de la Garde présidentielle et le lieu, l'avenue Mohammed V, non loin du ministère de l'Intérieur, le montrent. Le communiqué de l'Etat islamique mis en ligne mercredi menace directement l'Etat, dans ses dimensions libérale et démocratique. « Il n'y aura pas de sécurité tant que la charia ne sera pas en vigueur dans le pays », affirme le communiqué, accompagné d'une photo du kamikaze. Vêtu de blanc, le visage masqué par un foulard, doigt levé, l'homme pose avec une ceinture d'explosifs.

En activant cette ceinture après s'être introduit dans le bus, « le martyr "Abu Abdallah al Tounsi" a tué une vingtaine d'apostats », selon le communiqué du groupe terroriste. Un mode opératoire qui correspond aux déclarations du ministère de l'Intérieur : les enquêteurs évoquent bien un sac à dos - ou une ceinture - contenant 10 kilos de Semtex, un explosif très puissant.

Les enquêteurs continuent de se pencher sur la 13e dépouille découverte mercredi matin dans les décombres du bus. Ce corps pourrait être celui d'un terroriste. Mais « il n'a pas été possible de l'identifier par ses empreintes, car il n'avait pas de doigts » précise le ministère de l'intérieur. Une identification par analyse ADN est donc en cours.

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26-11-2015 - Par Jihane Bergaoui


La porosité de la frontière tunisio-libyenne

Le constat est le même depuis 2011. Le vide sécuritaire né du Printemps arabe a fragilisé une Tunisie qui tente de consolider sa jeune démocratie. Mais sa position géostratégique n'est pas pour l'aider.

Les frontières entre la Libye et la Tunisie ont toujours été des lieux de contrebande, notamment de carburant. Depuis quatre ans, ce sont des armes, des drogues de synthèse ou encore des combattants jihadistes qui transitent.

Après l'attentat de Sousse qui a fait 38 morts, revendiqué par l'Etat islamique, les autorités tunisiennes avaient immédiatement pointé la Libye où le groupe jihadiste a son assise. Le tueur, un jeune Tunisien, avait été formé dans un camp libyen, selon Tunis.

La riposte du gouvernement a été d'ériger un mur de sable de 168 km entre les deux pays. Mais faute de moyens suffisants, l'armée tunisienne ne peut surveiller efficacement 520 kilomètres au total.

De plus, dans ces territoires où la population tire le gros de ses ressources de la contrebande, difficile d'imaginer que fermer les frontières sans développer économiquement ces zones frontalières mettra fin à la source d'instabilité qu'elles sont devenus.