En Gambie, l’excision est mise hors la loi

Des femmes pratiquent une excision sur une petite fille.
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La Gambie vient d’interdire les mutilations sexuelles. L’annonce qui en a été faite le 24 novembre par le président Yahya Jammeh a pris aussitôt effet. Ce petit Etat anglophone enclavé en partie dans le territoire du Sénégal devient ainsi le 21e pays du continent africain à mettre au ban cette pratique rituelle.

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) classe la Gambie parmi les dix pays du monde, tous africains, où les mutilations génitales féminines (FGM) sont le plus pratiquées. Dans ce petit pays dirigé d’une poigne d’acier par le président Yahya Jammeh depuis 1994, on estime que les trois quarts des femmes ont subi une excision. 

L’excision est désormais hors la loi avec « effet immédiat » a encore précisé le président Jammeh depuis sa localité de naissance, Kanilai. Pour le chef de l’Etat, cette décision est motivée par l’« absence de justification religieuse de cette pratique dans l’islam ». Une déclaration qui a été vivement applaudie par les femmes de l’assistance réunie pour l’occasion.
 
Coups et blessures volontaires
 
Celui que ses voisins sénégalais appellent irrévérencieusement « le fou de Kanilai » s’est donc subitement transformé en « protecteur des fillettes », lui qui voue par exemple les homosexuels à la mort. Pour faire bonne mesure, le chef de l’Etat a encore précisé tant aux parents qu’aux autorités locales qui seraient tentées de passer outre l’interdiction, que des sanctions s’appliqueraient. Sans les détailler, il est vraisemblable que ces dernières seront du même ordre que celles prévues par la loi en cas de coups et blessures volontaires.
 
L’avancée annoncée en Gambie suit de près le Nigeria où une loi a également été votée il y a six mois visant à interdire l’excision. Mais si les législations évoluent, les comportements, eux, restent plus difficiles et bien plus longs à changer. Aujourd’hui, il ne reste plus que huit pays africains à n’avoir pas légiféré en la matière, sans que cela préjuge ailleurs de la disparition des mutilations sexuelles.
 
Du sur-place
 
Mais, selon un rapport publié en 2013 par l’Unicef, « en termes de tendances, il faut noter que dans plus de la moitié des 29 pays où les mutilations génitales et l'excision sont concentrées, les filles d'aujourd'hui risquent moins d'être excisées que leur mère ».
 
Cela dit, certains pays font désespérément du sur-place : en Somalie, en Guinée, à Djibouti et en Égypte, les mutilations génitales et l'excision sont quasiment universelles. Dans ces pays, près de neuf femmes et filles sur dix ont ainsi été excisées dans le groupe des 15 à 49 ans.
 
De même, relevait alors l’Unicef, « aucune baisse n'est également constatée dans des pays comme la Gambie, le Mali, le Sénégal, le Soudan, le Tchad ou le Yémen ». Pour la Gambie, il faudra attendre quelques années pour estimer les effets de la toute nouvelle interdiction.
 
Trois millions de filles exposées
 
Les données publiées par l’Unicef montrent que malgré un recul des excisions en Afrique, encore faut-il nuancer selon les pays, plus de 3 millions de filles sont toujours exposées au risque parfois mortel de subir une telle violence. Sans compter les 125 millions de femmes et de filles qui sont aujourd’hui condamnées à vivre avec cette mutilation.
 
« Sept filles se font encore couper ou mutiler les parties génitales chaque minute dans le monde », affirme le Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS). « Et la vitesse à laquelle la pratique décline n’est pas suffisante pour contrebalancer l’augmentation de la population. Si cette diminution ne s’accélère pas, le nombre de victimes va passer de 3,6 millions par an aujourd’hui à 4,1 millions en 2035 », prévoit le GAMS.  
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L’Organisation mondiale de la Santé distingue 4 types de mutilations sexuelles féminines :

  • La clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris.
  • L’excision : ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans ablation des grandes lèvres.
  • L’infibulation : rétrécissement de l’orifice vaginal par ablation et accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans ablation du clitoris.
  • Les formes non classées de MSF : toutes les autres interventions nocives ou potentiellement nocives pratiquées sur les organes sexuels féminins à des fins non thérapeutiques. (Document OMS)