L'Allemagne se dit prête à envoyer environ 650 soldats au Mali

Des Casques bleus de la Minusma, la mission des Nations unies au Mali, ici, à Kidal, le 22 juillet 2015.
© REUTERS/Adama Diarra

Au troisième et dernier jour de deuil national au Mali après l'attaque contre l'hôtel Radisson de Bamako vendredi dernier, l'Allemagne a annoncé qu'elle allait apporter son soutien à la Minusma et à la France dans leur mission au Mali. L'Allemagne est prête à envoyer jusqu'à 650 militaires au Mali. Le but est de soutenir les efforts de la France dans le Sahel, afin que Paris puisse s'engager sur d'autres fronts, notamment en Syrie.

Déployée depuis mars 2013, la Mission de l'ONU au Mali se compose d'environ 10 000 soldats. Une cinquantaine de pays contribuent à cette opération de maintien de la paix. A l’origine, son but est de ralentir la progression des forces jihadistes du nord du pays.

Sur le terrain, les éléments de la Minusma se confrontent à plusieurs difficultés, notamment à la présence de mines. Plusieurs zones échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères. A cela s'ajoutent les attaques ponctuelles, à caractère terroriste.

C’est dans ce contexte que la présence militaire allemande au Mali pourrait être multipliée par quatre pour atteindre environ 800 soldats. Le mandat du Bundestag prévoit actuellement jusqu'à 150 hommes, mais dix seulement sont présents sur place. L'armée allemande explique qu'elle n'est pas actuellement sollicitée pour le transport aérien et le ravitaillement en vol, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut.

Renseignements et logistique

Le nouveau mandat parlementaire, qui doit être voté début 2016, prévoit jusqu'à 650 soldats avec notamment des missions de reconnaissance, mais aussi de protection du camp de Gao. D’après une source au ministère français de la Défense, ces troupes allemandes devraient apporter un soutien sur le plan des renseignements et de la logistique. Ce qui, toujours selon cette source, permettrait à la France, à terme, d'alléger son dispositif dans le Sahel.

Cette annonce intervient suite aux derniers attentats terroristes qui ont touché Paris, mais aussi Bamako. Réunis à Bruxelles le 17 novembre dernier, les ministres européens de la Défense ont décidé de « déployer des solidarités ». Cette réunion devrait permettre d’avoir un « contingent européen renforcé », commente un responsable français.

Pour l’heure, Berlin participe également avec 208 hommes à la mission européenne UETM de formation de l'armée malienne présente dans le Sud, dirigée depuis juillet par un général allemand. Cet engagement n'est pas revu à la hausse. L'armée allemande dispose par ailleurs d'un hôpital de campagne à Koulikoro. Enfin, Berlin dirige la mission civile européenne EUCAP Sahel Mali qui doit aider Bamako à restaurer l'autorité de l'Etat sur son territoire.


Vu d'Allemagne

La décision ne provoque en Allemagne qu'un enthousiasme modéré et des interrogations sur le choix de ce pays pour lutter contre la priorité, à savoir le groupe Etat islamique.

« Mais qu'est-ce-que la Bundeswehr a à faire au Mali ? » s'interroge un quotidien, reprenant sans doute à son compte la réflexion de nombreux Allemands traditionnellement hostiles aux interventions militaires à l'étranger. Mais si le journal explique les raisons de cet engagement, l'enthousiasme reste modéré.

Dans la classe politique à Berlin, on ne partage pas la rhétorique de guerre de Paris et on s'interroge sur sa finalité. « Des propos martiaux mais pas de stratégie » titre par exemple l'hebdomadaire Die Zeit. Mais Berlin était sous pression et ne pouvait pas faire un geste au profit de son plus proche allié.

Peu importe que l'augmentation du contingent allemand au Mali ait été prévu avant les attentats de Paris et qu'il serve notamment à compenser le retrait de forces néerlandaises. Le quotidien Süddeutsche Zeitung parle d'un geste solidaire en faveur de la France, tout en soulignant que l'intérêt immédiat de l'Allemagne consisterait plutôt à faire pression sur les acteurs du conflit syrien.

Mais si quelques chrétiens-démocrates isolés ont réclamé l'envoi d'avions de reconnaissance allemands pour soutenir la coalition contre Daech, une majorité d'Allemands s'oppose à une participation de leur pays à la lutte contre l'organisation islamiste.