Présidentielle, législatives: l'heure des scrutins approche au Faso

Les électeurs du Burkina Faso sont appelés ce dimanche à désigner leur nouveau président et les députés du pays.
© REUTERS/Joe Penney

Dimanche 29 novembre 2015, 5,5 millions de Burkinabè vont voter pour élire leurs 127 députés ainsi que le président de la République. Quatorze candidats sont en lice pour le fauteuil du chef de l'Etat, dont deux femmes. Les élections surviennent au terme d’une année de transition consécutive à la chute de Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, et après une tentative de coup d’Etat avortée le 16 septembre dernier.

De notre envoyé spécial à Ouagadougou,

Elections inédites au « pays des hommes intègres ». Inédites, mais aussi historiques, car c’est finalement la première fois que les Burkinabè ont le sentiment de participer à un scrutin libre, indépendant et pluraliste. « C'est la première élection à suspense », explique le politologue Abdoul Karim Saïdou, qui dirige le Centre pour la gouvernance démocratique.

« A part les élections qui se sont déroulées, par exemple, sous la IIIe République, où il y a eu un ballotage en 1978 avec le président Lamizana, relate M. Saïdou, depuis l'arrivée au pouvoir de Blaise Compaoré, depuis l'avènement de la IVe République, on a assisté à des simulacres d'élections sans suspense. Les résultats étaient connus d'avance. Donc, pour cette fois-ci au moins, il y a du suspense, on pense qu'il y aura un deuxième tour, et c'est en cela que ces élections sont vraiment historiques. »

Ce qu’attendent les Burkinabè, c'est que le pays franchisse une étape dans son fonctionnement démocratique. Mais ils savent bien que beaucoup des candidats en lice ont grandi dans le système Compaoré, que ce soit dans la majorité ou dans l’opposition plus ou moins lointaine. Citons Roch Marc Kaboré, Ablassé Ouédraogo, Zéphirin Diabré, Ram Ouédraogo, ou encore Saran Sérémé. La mentalité de la classe politique ne va donc pas changer par cette seule élection, qui est une étape plus qu'un aboutissement.

La Céni sur les chapeaux de roue

Ismaël Diallo, dirigeant d'une organisation de la société civile, à savoir le Front de résistance citoyenne (FRC), ne s'attend pas à un miracle. « Il serait difficile, parmi tous les candidats, d'en voir un venir et changer radicalement ce qui se passe aujourd'hui, considère-t-il. Le système qui a dominé la scène politique, économique et sociale du pays pendant  27 ans est encore présent, même si son parrain n'est plus là. Et il faudrait plus d'une année, plus de deux ans, pour s'en défaire. La classe politique est composée en grande partie de personnes qui ont composé avec ce système, qui ont les mêmes habitudes intellectuelles et les mêmes pratiques de gouvernement. »

Les enjeux sont énormes et la Commission électorale (Céni) n’a pas le droit à l’erreur. Un passé récent est susceptible de créer des tensions. En septembre, parce que la révision du Code électoral barrait la route à la candidature de certains caciques du régime Compaoré, Gilbert Diendéré a tenté un coup d’Etat. Le pays redoute donc qu’un scrutin imparfait génère à nouveau des tensions. Barthélémy Kéré, le président de la Céni, a donc décidé de tout faire dans la transparence et la rapidité. Il promet d’annoncer les résultats le lendemain du vote :

« La loi nous donne un délai de sept jours pour donner les résultats. Mais là, nous avons voulu, compte tenu de la particularité du scrutin, la sortie de la transition, donner plus de chances à tous les partis politiques pour qu'ils voient la transparence du processus. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes effectivement mis la pression pour pouvoir sortir les résultats à « jour J+1 ». En tout cas, les échos qui nous sont parvenus, aussi bien de la part des candidats à la présidentielle que des candidats aux législatives ; ils sont très confiants dans le système. Donc, normalement, ça devrait pouvoir nous permettre d'éviter les contestations - j'ai failli dire de mauvaise foi. »

Un défi également sécuritaire

Et puis, il y a les craintes sécuritaires. Les autorités redoutent ouvertement des actes de déstabilisation et de sabotage le jour du scrutin. Le putsch n’est pas loin, les jihadistes maliens non plus. Les forces de défense et de sécurité sont sur le pied de guerre. Et les candidats ont tous reçu une protection renforcée de la part de l’Etat. Comme la candidate Françoise Toé, qui en est plutôt satisfaite.

« Personnellement, je suis protégée par trois gendarmes qui sont très expérimentés, confie-t-elle. Je me sens, en tout cas, rassurée. Nous faisons confiance à nos forces armées pour garantir la sécurité de ces opérations afin qu'effectivement, on n'ait pas les angoisses ou une interruption qui remettraient en cause le processus qui est bien engagé. »