Tunisie: l'enquête sur l'attentat contre la Garde présidentielle progresse

Le Premier ministre Habib Essid (d) parle avec le ministre de l'Intérieur Mohamed Gharsalli (g) à l'Assemblée du Peuple, à Tunis, le 25 novembre 2015.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

Quarante-huit heures après l'attentat qui a tué douze membres de la Garde présidentielle, mardi 24 novembre à Tunis, on connaît le nom du kamikaze qui a déclenché sa ceinture d'explosifs dans le bus qui les transportaient. Le ministère tunisien de l'Intérieur a révélé les résultats des analyses ADN effectuées sur le treizième corps retrouvé sur les lieux de l'attentat.

Il s'appelle Houssem El Abdelli et est originaire de Daouar Hicher, dans la banlieue de Tunis. D’après Najem Gharsalli, le ministre de l'Intérieur, l’homme de 26 ans y était marchand ambulant. Les autorités écartent ainsi les rumeurs et les critiques qui laissaient entendre que le jeune homme faisait partie des forces de sécurité. Le fait qu’il ait pu s’introduire dans un véhicule transportant uniquement des membres de la Garde présidentielle avait en effet semé le doute.

Pour rappel, la politique de recrutement des membres des forces de sécurité sous le gouvernement dit de la Troika (dominé de 2012 à 2013 par les islamistes) était soupçonnée par l’opposition d’avoir favorisé le recrutement de jeunes salafistes dans le cadre de l’amnistie.

Néanmoins, Douar Hicher, une localité de la banlieue ouest de Tunis, est bien un fief de l'ancien mouvement salafiste Ansar al-Charia. Ce mouvement a été interdit en 2013, après les meurtres de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi et placé sur la liste des organisations terroristes.

Mais si la mouvance est toujours très active en Tunisie, ce n’est pas elle qui a revendiqué l’attentat de mardi. L’organisation Etat islamique a publié mercredi un communiqué avec une photo du kamikaze, désigné comme étant « Abou Abdallah al-Tounissi ». Comment comprendre que le kamikaze soit originaire d’un bastion d’Ansar al-Charia, une organisation alliée d’al-Qaida, et donc rivale du groupe Etat islamique ?

La piste libyenne

Si plusieurs des membres d’Ansar al-Charia ont rejoint al-Qaïda dans les montagnes de l’Ouest où prospère la brigade Oqba Ibn Nafaa, d’autres membres sont partis à l’étranger. Les autorités tunisiennes privilégient la piste libyenne. De nombreux ex-membres d’Ansar al-Charia se sont rendus dans ce pays pour y rejoindre la branche locale d’al-Qaida ou bien… l'organisation Etat islamique.

Le ministère tunisien de l'Intérieur a déclaré avoir retrouvé des traces de Semtex sur les lieux de l'attentat de Tunis. C’est ce même explosif qui avait été intercepté par la police tunisienne en 2014, dans des véhicules en provenance de Libye.

En décidant mercredi de fermer la frontière terrestre avec le voisin, la Tunisie veut bien entendu empêcher des éléments impliqués éventuellement dans l'attentat de Tunis de fuir. Par ailleurs, des recherches se poursuivent dans la région de Tunis et de Sousse pour tenter d'appréhender des individus qui ont pu apporter un soutien logistique au suspect Houssem El Abdelli.

Arrestations et menaces persistantes

D'après le ministre de l'intérieur, Najem Gharsalli, une trentaine d'arrestations ont été effectuées entre mercredi et jeudi, avec des saisies d'armes et de documents, et des menaces persistent en raison de l'existence de « nombreux réseaux terroristes encore actifs en Libye ».

De fait, les deux plus gros attentats de l'année, au musée du Bardo en mars et à Sousse en juin, ont été revendiqués par le groupe Etat islamique et là encore c'est la filière libyenne qui avait été privilégiée par les forces de l'ordre tunisiennes.

De l'avis de plusieurs observateurs des groupes radicaux, l'organisation jihadiste, en difficulté en Irak et en Syrie, a décidé de se projeter en dehors des territoires qu'elles contrôlent militairement. Plusieurs pays en ont fait l’expérience : l’Egypte, le Liban et même la France. Mais la Tunisie - et son régime libéral - est une cible privilégiée de par sa proximité avec la Libye où l'organisation Etat islamique est déjà ancrée depuis 2014.