Burkina: fin d'une campagne électorale apaisée mais inégale

La campagne électorale, qui s'est achevée vendredi 27 novembre, s'est déroulée dans le calme. Les Burkinabè sont appelés aux urnes dimanche.
© REUTERS/Joe Penney

La campagne électorale s'est clôturée vendredi soir au Burkina Faso. Pendant trois semaines, les 14 candidats à la présidentielle et les 3 500 candidats députés ont exposé leurs idées et leur programme. Ces élections surviennent dans un contexte très particulier, deux mois après une tentative de putsch, et doivent mettre un terme à la transition. Il s'agit aussi du premier scrutin réellement démocratique au Burkina Faso.

D'un côté, il y a eu la démonstration de force des favoris à cette présidentielle. Les candidats de ces partis, disposant de gros moyens financiers, ont sillonné toutes les régions du pays.

Grands rassemblements dans les stades et sur les places publiques, achat d'espace de diffusion de message sur les antennes des medias privés : tous les supports de visibilité ont été mis à profit pour toucher les électeurs. Le seul objectif de ces candidats : remporter l'élection au premier tour.

A côté de ces favoris, les partis modestes se sont contentés de faire du porte à porte, organiser des caravanes dans les quartiers et quelques villes. Bon nombres de ces partis espèrent faire valoir leur poids en cas d'un second tour.

Débats sereins

Mais le point commun entre les différents candidats est leur volonté d'aller vers des élections apaisées. Ils l'ont tous rappelé à leurs militants et sympathisants. Aucun incident majeur n'est d'ailleurs à signaler, sauf quelques altercations verbales entre militants de partis politiques relatives aux affiches électorales.

Ainsi il faut chercher les coups bas et les petites phases assassines dans cette campagne, tant les débats ont été sereins et aimables. Le 25 novembre, Zéphirin Diabré n’a pas hésité à tacler sans le nommer Roch Marc Christian Kaboré, en critiquant ceux qui copient le programme de Blaise Compaoré. Kaboré lui a rendu la monnaie de sa pièce vendredi en stigmatisant ces libéraux qui se proclament sankaristes. Allusion à une phrase de campagne de Zéphirin Diabré.

Dans l’ensemble, les candidats se sont surtout attachés à expliquer leur programme dans un débat d’idée inédit au Burkina Faso et que l’ensemble de la presse a salué. Ces élections sont plus ouvertes qu’elles ne l'ont jamais été sous Blaise Compaoré et leurs résultats demeurent indécis.

Le putsch encore dans les esprits

Mais si tous les candidats plaident pour un scrutin apaisé, le risque de violences n’est pas à écarter. Le putsch avorté de septembre est encore dans les esprits et les autorités de la transition redoutent des actes de sabotage ou des violences. Aussi le couvre-feu a-t-il été maintenu.

A Ouagadougou et dans les grandes villes, la police multiplie les contrôles de jour comme de nuit et la gendarmerie a renforcé les patrouille sur les différents axes routiers. Les frontières terrestres sont fermées jusqu’au 1er décembre. Et 25 000 policiers, militaires, gendarmes et douaniers ont été mobilisés pour assurer la sécurité du scrutin. Même les vétérans de l’armée ont été appelés à donner un coup de main.

L'insurrection populaire d'octobre 2014 a consacré une volonté du peuple de tourner la page. Avec ces élections, il s'agira pour le peuple de matérialiser cette volonté et d'enclencher un nouveau processus dans le cadre de sa démocratisation
Abdoul Karim Saïdou
28-11-2015 - Par Olivier Rogez