Mauritanie : 25e anniversaire du massacre d'Inal

Des soldats mauritaniens (photo d'illustration).
© AFP/GEORGES GOBET

Ce 28 novembre, la Mauritanie célèbre son indépendance, obtenue en 1960. Une date qui correspond à un autre anniversaire, plus douloureux : celui du massacre de 28 militaires à la base d'Inal, pendus parce que Noirs.

Ce 28 novembre, la Mauritanie célèbre le cinquante-cinquième anniversaire de son indépendance. Pour la première fois, les festivités commémoratives seront présidées par le chef de l'Etat à Nouadhibou la capitale économique, située au nord du pays.

Mais le 28 novembre n'est pas que synonyme de levée des couleurs dans le pays, mais aussi pour certains, un symbole de racisme et de barbarie. Le 28 novembre 1990, 28 militaires mauritaniens de la base d'Inal, dans la région de Nouadhibou précisément, sont pendus pour célébrer de façon macabre le trentième anniversaire de l'indépendance.

Le sujet reste tabou dans le pays et aucune excuse n'a jamais été présentée aux familles.Une conférence organisée par le parti AJD-MR (Alliance pour la justice et la démocratie) prévue ce 28 novembre dans une salle des fêtes de la capitale a été interdite par les autorités.

Pendus comme s'il s'agissait d'une formalité

Ce 28 novembre 1990, la pendaison des 28 d'Inal a été minutieusement préparée. La veille, les prisonniers sont sélectionnés parmi tous ceux qui ont été arrêtés les semaines précédentes, et marqués d'une croix et d'un numéro allant de un à 28. A minuit, les hommes sont conduits devant un hangar. Et pendus un à un comme s'il s'agissait d'une formalité.

Mahamdou Sy
27-11-2015 - Par Marie-Pierre Olphand

Dans son livre L'enfer d'Inal, l'un des rescapés, Mahamadou Sy, décrit un caporal, qui prend le temps de siroter un verre de thé assis sur un cadavre, en attendant de pendre le suivant. Ceux qui tardent à mourir sont frappés d'une barre de fer. La pendaison dure une heure.

Quelques minutes après, les corps sont enterrés sur un terrain derrière la base d'Inal. Les rescapés sont libérés quelques mois plus tard. Mahamadou Sy raconte qu'on lui a demandé d'oublier ce qui s'est passé, et de mettre cela sur le compte de la fatalité. Certains militaires sont radiés, les autres mis à la retraite.

En novembre 1990, 250 prisonniers seront conduits à Inal, mais seuls 96 auront la chance d'en repartir. Au total, des centaines de militaires mauritaniens noirs seront tués entre 1989 et 1991 dans le pays. Les tortionnaires sont eux protégés par la loi d'amnistie adoptée deux ans plus tard, en 1993.

Tous les pouvoirs qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui sont responsables. […] Je vois notre drapeau entâché de sang.
Colonel Omar ould Beibacar
28-11-2015 - Par Marie-Pierre Olphand