Visite papale en Ouganda: une attente spirituelle, mais pas seulement

Un panneau de bienvenue au pape François dans les rues de Kira, un quartier de Kampala.
© RFI/Gaël Grilhot

Après son étape kényane, le pape François prendra la direction de Kampala, en Ouganda. Il s'agit de la troisième visite d'un souverain pontife dans ce pays du nord des Grands Lacs. Son message est naturellement très attendu, dans un pays à forte majorité chrétienne, et considéré comme stable politiquement. Mais au-delà du réconfort de l'âme, les Ougandais espèrent également des retombées économiques de cet événement.

Gulu, nord de l'Ouganda : dans sa résidence bucolique aux allures de petit couvent, située à quelques dizaines de mètres de l'imposante cathédrale en brique rouge, l'archevêque Odama, affable et volontiers souriant, reçoit ses visiteurs. Au calme, loin du tumulte de la capitale Kampala, le président de la conférence épiscopale ougandaise ne trahit aucune fébrilité. C'est pourtant lui qui, officiellement, sera l'hôte du pape François. « Celui que nous pouvons appeler " Grand Père " (…) vient vers nous pour nous apporter des encouragements, une formation, affirme Mgr Odama. Je suis sûr qu’il va nous encourager à être des témoins, comme les martyrs l'ont été. C'est une grande bénédiction que le pape vienne ici, il vient pour nous apporter l'unité du pays. »

Avec près de 15 millions de fidèles (soit 42% des croyants), l'Ouganda est un pays où l’Eglise catholique romaine se porte plutôt bien, tout comme l'Eglise anglicane, à peine moins importante en nombre. Même si le dynamisme et l'influence des mouvements évangélistes américains (environ 5%) se font de plus en plus ressentir. Officiellement, la raison principale de la venue du pape est de commémorer le 50e anniversaire de la canonisation de 22 martyrs ougandais, exécutés au XIXe siècle en raison de leur chrétienté. Mais pour beaucoup, cette visite sera également l'occasion pour le souverain pontife de clarifier sa position sur la famille, après un deuxième synode à Rome sur ce thème, où les différents courants de l'Eglise se sont entre-déchirés.

Comme de nombreux autres évêques africains, Mgr Odama est assez conservateur, et il espère que le pape prendra une position ferme pour contenir ces « " influences de l'extérieur ", qui encouragent des choses comme l'avortement, le divorce, ou même l'homosexualité. (…) C'est un combat pour réellement promouvoir l'humanité, ajoute-t-il. Je suis sûr qu'il va inciter les gens à promouvoir le mariage, et la bonne famille ». Les dernières déclarations du pape François, sur le divorce, notamment, laissent cependant penser que ses attentes risquent pour le moins d'être déçues.

10 millions de touristes attendus

Loin de ces querelles théologiques, une bonne partie de la population attend sincèrement de cette visite « un réconfort spirituel », comme en témoigne une fidèle de la paroisse de Munyonyo, un des deux lieux saints de Kampala où le pape doit se rendre lors de son séjour. Aujourd'hui, elle ne peut être plus heureuse. Les yeux rivés sur l'immense grue qui dépose la flèche de la nouvelle église récemment érigée sur le site où reposent deux martyrs, elle accompagne cet événement en chantant des louanges avec ses compagnes de prières. « Je suis très heureuse et excitée de savoir que le pape va venir dans ce lieu qui, je l'espère, va être connu à travers le monde entier. J'ai déjà vu le pape à la télévision, dans les journaux, mais là, je pourrais le voir physiquement. »

La construction de ce lieu de culte, qui devrait se poursuivre avec celle de bâtiments connexes et un grand parking, n'est que l'un des nombreux ouvrages que la visite du pape a suscités ou accélérés. « Nous espérons beaucoup de bénéfices de sa venue, confirme Pius, un jeune journaliste du groupe Vision présent pour l'occasion. Mais nous avons déjà obtenu de nombreuses choses en matière d'infrastructures, comme vous pouvez le voir », explique-t-il, montrant la route en latérite qui mène au lieu saint, qui est en train d'être totalement bitumée.

Rien qu'à Namugungo, l'autre site dédié aux martyrs chrétiens, où le pape célébrera une messe publique ce samedi, la rénovation intégrale du site a coûté la bagatelle de 45 milliards de shillings (12,5 millions d'euros), une somme considérable pour le pays. Et même si l'armée a été mise à contribution, l'impact de ces travaux a eu des retombées importantes en matière d'emploi. Difficile pour autant d'avoir un chiffre précis sur les investissements réalisés au total, ni d'ailleurs des fonds récoltés pour le moment par l'Eglise dans son appel à contribution, les autorités gouvernementales et ecclésiastiques restant très évasives sur le sujet. Mais l'important, pour Pius, est d'abord de « faire parler du pays à l'international », et pas seulement pour des raisons religieuses. Dans un pays où le secteur du tourisme compte déjà pour près de 8% du PNB, on comprend en effet l'intérêt pour le gouvernement de tout faire pour que les touristes se sentent à l'aise.

La basilique de Namugongo, l'un des premiers lieux saints d'Ouganda, a été totalement rénovée avant la venue du pape. © RFI/Gaël Grilhot

Récupération politique

Selon le ministère du Tourisme, la venue du pape devrait générer la visite de près de 10 millions de personnes originaires d'Afrique et du monde entier. Aux alentours de la basilique de Namugongo, les attentes sont d'ailleurs bien plus prosaïques que spirituelles. Dans les petites échoppes qui bordent la route principale qui mène au lieu de culte, on a prévu de faire des stocks d'eau et de nourriture, et l'on espère surtout une manne financière, à défaut de bénédiction spirituelle. « Nous voulons faire de l'argent, beaucoup d'argent », témoigne l'une d'entre elles, qui se prépare depuis trois mois. Pas question pour elle d'assister à la messe, la priorité restera à la déshydratation des dizaines de milliers de fidèles et de curieux qui passeront devant sa boutique. Quant à la petite boutique attenante à la basilique, et qui vend des produits dérivés à l'effigie du pape et des martyrs, elle s'attend elle aussi à être dévalisée durant les trois jours de la venue du pape.

Dans la presse nationale, les encarts publicitaires dans les journaux se multiplient, où l'on voit le Saint-Père prêter son image à telle ou telle marque de communication mobile, ou de supermarché. Et si officiellement, il ne saurait être question de récupération politique, certains candidats au poste de député pour les élections générales de février prochain n'hésitent pas à faire des montages photo où on les voit aux côtés du pape François. Même le président Museveni, au pouvoir depuis 1986, et lui aussi en campagne difficile pour un quatrième mandat, a affirmé que la visite du souverain pontife était une reconnaissance pour « la paix et la sécurité » qui règnent désormais en Ouganda.