COP21: pourquoi l’Afrique compte bien peser dans les négociations

L'Afrique est le continent qui émet le moins de CO2, mais c'est celui qui est le plus vulnérable au changement climatique.
© REUTERS/Christian Hartmann

L’Afrique n’émet que 4% des gaz à effet de serre de la planète, mais elle est pourtant la principale victime des effets du réchauffement climatique. Six des dix pays les plus vulnérables à ce phénomène se trouvent sur le continent africain. C'est dire si les 54 pays du continent réunis au sein du groupe Afrique attendaient la COP21 avec impatience. Ils espèrent qu'à cette occasion les pays du Nord leur donneront les moyens de réparer les dégâts.

Le groupe Afrique, formé de techniciens du climat fonctionnaires ou experts, s'est constitué autour des années 2000. Les pays du continent se sont alors rendu compte que le changement climatique n'est pas qu'une question de pays industrialisés. Car ils en sont les principales victimes.

A Copenhague, en 2009, le groupe Afrique reste marginalisé dans les négociations, mais depuis il s'est renforcé. Ses négociateurs sont mieux formés, plus aguerris, et le continent arrive à cette COP21 avec deux leitmotive :

  •  Ne pas se contenter d'une posture de victime. Certes, l'Afrique subit le réchauffement climatique, mais elle fait partie intégrante de la solution. Car elle est amenée à se développer et qu'elle dispose du plus grand potentiel d'énergies renouvelables au monde.
  • L'Afrique ne signera pas un accord à tout prix et demande des garanties d'accès à des financements. Si possible sous forme de dons et pas uniquement de prêts. Il ne faut pas que « la dette pour le développement soit remplacée par une dette sur le climat », prévient Seyni Nafo, le porte-parole du groupe Afrique.

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Insécurité alimentaire

Fonte des glaciers du Kilimandjaro, disparition du corail… Les manifestations du changement climatique en Afrique sont multiples. Parmi toutes les formes qu’il peut prendre, c’est l’insécurité alimentaire qui concentre l’inquiétude des chercheurs.

L’agriculture africaine dépend à 95% des précipitations et leur rythme est modifié de façon très différente selon les zones : des sécheresses s’annoncent au sud alors qu’à l’ouest, ce sont plutôt les inondations qui menacent, et avec elles, le développement des maladies tropicales.

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Certaines terres deviennent impropres à la culture comme dans le Delta du Nil à cause de la montée du niveau de la mer. Un phénomène qui expose également les populations dans les mégalopoles des côtes africaines.

Déplacés climatiques

D’ici 2030, on risque de ne plus pouvoir cultiver le maïs, le sorgho ou le millet dans des zones entières. Cela ne représente pas seulement une perte de revenus pour les 65% des travailleurs africains qui vivent de l’agriculture, mais pour l’ensemble des populations : les prix des aliments pourraient augmenter de 70% dans les soixante prochaines années.

Cette insécurité alimentaire pousse les populations rurales à fuir vers les villes ou l’étranger. En 2012, l’Afrique comptait déjà plus de 8 millions de déplacés climatiques.

Néanmoins, des solutions existent et les pays africains sont capables de développer des stratégies d’adaptation. Des mesures qui ont un coût : 7 à 15 milliards de dollars par an, selon l’ONU.

Un plan d'action de 16 milliards d'euros

En amont de la COP21 la Banque mondiale a annoncé un plan d'action pour aider l'Afrique à lutter contre le changement climatique. Ce plan nécessite un financement de 16 milliards de dollars d'ici 2020, selon la banque, qui s'est engagée à contribuer à hauteur de près de 6 milliards d'euros.

Le plan d'action proposé par la Banque mondiale vise à soutenir des initiatives concrètes, comme la promotion de pratiques agricoles « intelligentes », la préservation de forêts et d'environnements « vulnérables », la réduction de l'érosion des côtes et le développement de production d'énergies solaire et géothermique.

Nous voulons nous assurer que la COP21 n’oublie pas l’Afrique.
Jim Yong Kim
30-11-2015 - Par Christina Okello