Roch Kaboré, un «Monsieur Tout-le-monde made in Burkina»

Roch Marc Christian Kaboré, le nouveau président élu du Burkina Faso.
© REUTERS/Joe Penney

Après l’élection présidentielle et la victoire de Roch Marc Christian Kaboré, le Burkina Faso tourne la page des années de pouvoir de Blaise Compaoré. Mais avec leur nouveau président, les Burkinabè restent en terrain connu. En effet, Roch Marc Christian Kaboré fut l'un des piliers de l’ancien régime avant de devenir l'un de ses plus farouches opposants après s’être prononcé contre toute réforme constitutionnelle.

Roch Marc Christian Kaboré a su longtemps demeurer dans l'ombre du « Beau Blaise », avec qui il a sillonné le Faso dans ses moindres recoins. « Compaoré ne pouvait que s'entendre avec Kaboré, dit un journaliste burkinabè, car ce fidèle parmi les fidèles a su mettre toutes ses qualités au service de l'Etat pendant deux décennies : Roch est homme discret, de confiance et de consensus, un fin politique qui a su se faire apprécier et qui a tissé des liens étroits avec différentes couches sociales dans le pays, notamment dans les campagnes, grâce aux réseaux du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l'ancien parti au pouvoir. »

Pour ceux qui le connaissent, « le nouveau président du Burkina n'est ni un “va-t-en-guerre” ni un “mou”, mais c'est un homme déterminé, qui sait ce qu'il veut, poursuit ce confrère. Il ne manque pas de poigne, contrairement à ce qu'ont essayé de faire croire ses rivaux durant la campagne électorale. Je dirais plutôt que Roch incarne l'esprit Mossi, il recherche le consensus. C'est un pur produit du Burkina Faso ». La preuve ? Il ne porte que très rarement la veste, mais préfère s'habiller en boubou bazin ou en Faso Danfani.

Banquier, fils de ministre des Finances, « né avec une cuillère d'argent dans la bouche » pour ses détracteurs, il a toutefois adhéré jeune à des idéaux de gauche, s'engageant après son retour d'études en France, à Dijon, à l'Union de lutte communiste-reconstruite (ULC-R). Quand Thomas Sankara prend les rênes du Faso, Roch Marc Christian Kaboré devient directeur de la Banque internationale du Burkina. Il n'a pas encore trente ans. On sait la suite... Sous Blaise Compaoré, son ascension est fulgurante.

« La continuité dans la rupture »

Plusieurs fois ministre, notamment des Transports, il fait figure très vite de pièce incontournable sur l'échiquier du pouvoir, une ascension qui l'amène à occuper la primature et le perchoir à l’Assemblée nationale. Cette période faste, c'est aussi le temps du « tuuk giili » (« rafle tout » en langue mooré) : Roch occupe plusieurs postes stratégiques comme président du Congrès pour la démocratie et le progrès, le parti-Etat qui sait faire main basse sur les villes et les campagnes à chaque scrutin. « Il avait pris beaucoup de place dans le paysage politique du pays, se souvient un observateur, tranquillement, en toute discrétion, mais il menait bien sa barque. Trop. »

En 2012, il tombe brutalement en disgrâce pour des raisons que l'on qualifie volontiers d'obscures et se retrouve confiné au rang de conseiller politique du parti CDP. Deux ans plus tard, méditant cette lente descente aux enfers, il claque la porte et tourne le dos à Blaise Compaoré en créant avec d'autres caciques du régime le MPP, le Mouvement du peuple pour le progrès.

Après les résultats de la présidentielle, ses partisans ont crié dans les rues de Ouagadougou « MPP » ou « le peuple ». « C'est tout le paradoxe du personnage, dit-on dans son entourage. Il est proche du peuple, des gens. C'est un fils à papa, oui, mais il a le contact très facile. Le Mossi est attaché aux attributs, aux apparences du pouvoir, mais lui non. » Pour preuve, cette accolade donnée à son garde du corps, à son domicile pendant la soirée électorale, raconte un témoin de la scène, qui assure : « C'est très rare pour un homme de son rang d'avoir un tel geste. C'est un Monsieur Tout-le-monde à bien des égards. »

De grands chantiers attendent le nouveau président : le chômage des jeunes, l'éducation, la santé, la sécurité sous-régionale... On le dit déterminé, mais n'usant pas du pouvoir. A l'écoute certes, mais sachant passer à l'action. « Roch, c'est la continuité dans la rupture. Rien ne sera plus comme avant, il le sait et va s'en servir », assurent tous ceux qui l'ont approché.