COP21: les doléances africaines en matière de climat

Macky Sall, le chef d'Etat sénégalais, Alpha Condé, le président guinéen, Mohamadou Issoufou, le président du Niger lors du mini-sommet France-Afrique, le 1er décembre 2015.
© RFI/Pierre René-Worms

Du Cameroun au Zimbabwe, les chefs d’Etat africains ont appelé tous les participants à saisir l’opportunité offerte par la Conférence de Paris (COP21), avant qu’il ne soit trop tard. L’Afrique a en effet lancé un appel pressant et sans détour aux pays industrialisés, priés de répondre à toutes les difficultés qui se posent.

Parmi ceux qui ont lancé un appel aux grands pollueurs, il y a Ismail Omar Guelleh, président de Djibouti. Ce dernier a appelé les pays développés à montrer l’exemple en réduisant leurs émissions. « Il est acquis que si rien n'est fait, dans moins d'un demi-siècle, en Afrique de l'Est et au Moyen-Orient, il sera impossible pour l'être humain de survivre du fait des températures extrêmes [...] Désertification, appauvrissement des sols, assèchement des puits, inondations [...] sont d'ores et déjà des aléas récurrents contre lesquels nos populations se battent à la hauteur de leurs moyens, souvent dérisoires », a alerté le chef d'Etat djiboutien lundi lors de la cérémonie d'ouverture de la COP21.

L’Afrique, premier continent victime du réchauffement climatique, est confrontée à des problèmes d’adaptation et de transfert de technologies. Ali Bongo a donc demandé aux pays émetteurs de transférer aussi leurs savoir-faire dans le domaine de l’agriculture, l'agroforesterie et de l’énergie propre, et ce à des coûts soutenables. « Si nous n’agissons pas, le jugement de l’histoire sera sévère » a insisté le président gabonais.

Sécheresse, inondations, réductions des surfaces agricoles...

Comme pour appuyer leur appel, les chefs d’Etat n’ont pas manqué de pointer les conséquences néfastes du réchauffement qui touchent déjà leur pays : alternance de sécheresse et d’inondations, et salinisation des sols au Sénégal, rareté des pluies, réduction des surfaces agricoles et pastorales, et déplacements de populations au Tchad.

Le bassin du lac Tchad est justement un symbole du réchauffement climatique, a rappelé le Camerounais Paul Biya : « La désertification, qui affecte les pays voisins du lac Tchad, nous préoccupe également. Cet immense plan d'eau [...] est en voie d'assèchement progressif, il a déjà perdu 90 % de sa surface initiale. Sauvons le lac Tchad. » Le président camerounais a également plaidé pour une action en faveur des forêts du bassin du Congo, « le second poumon de la planète ».

« L'Or vert » tunisien menacé

Pour sa part, le Premier ministre tunisien, Habib Essid, a rappelé que le réchauffement climatique menace la culture de l'olivier en Tunisie, véritable « or vert » pour le pays. D'ici 2030, la production de ces oliveraies pourrait diminuer de moitié, prévient une récente étude du ministère de l'Agriculture et de l'Agence de coopération allemande. En cause notamment, la hausse des températures, le dérèglement du régime des pluies avec de longues périodes de sécheresse. « Nous avons plus de 1,6 million d'hectares plantés en oliviers et la culture d'oliviers a permis d'arrêter la désertification. Avec le départ d'oliviers, des millions d'hectares seront menacés à long terme », s'inquiète aussi le chef du gouvernement tunisien.

« Ni excuse, ni plan B »

De son côté, le président zimbabwéen Robert Mugabe s'en est pris aux pays industrialisés. « Ce sont [eux] qui ont mis la planète dans l’état où elle se trouve, à eux d’agir », a-t-il pointé comme une évidence, avec sa verve habituelle.

« Sommes-nous disposés à transcender nos égoïsmes nationaux », a interrogé Macky Sall, avant d’ajouter : « Il faut répondre ici et maintenant, car nous n’avons ni excuse ni plan B. »