La Libye, nouvel eldorado du groupe EI?

L'organisation Etat islamique a profité du chaos de l'après-guerre civile pour s'implanter en Libye, où les combats entre groupes armés sont fréquents. Ici, après une explosion à un checkpoint entre Tripoli et Misrata, le 24 novembre 2015.
© REUTERS/Stringer

La situation en Libye est « incontestablement le grand dossier des mois qui viennent », a averti mardi 1er décembre le Premier ministre français Manuel Valls. « Le terrorisme, cette idéologie totalitaire, mute en permanence », a assuré le chef du gouvernement qui laisse entendre que des combattants de l'organisation EI ont commencé à quitter Irak et Syrie pour poursuivre le combat en Libye. Un pays où le groupe est déjà présent depuis un certain temps.

Le ministère français de la Défense ne cesse de tirer la sonnette d'alarme : les mouvements jihadistes se développent en Libye, menaçant ses voisins d'Afrique du Nord, les pays du Sahel, et les Etats européens. « Alors que l'organisation Etat islamique perd petit à petit des portions de terrains en Irak et en Syrie, nous constatons un retour de jihadistes libyens, dans leur pays, mais nous savons aussi que des Maghrébins qui avaient pour projet de se rendre en Syrie, rejoignent les rangs des jihadistes libyens », assure-t-on dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian.

Il y a une quinzaine de jours, ce sont deux Français soupçonnés d'avoir voulu se rendre dans les camps d'entrainement de l'organisation en Libye qui ont été arrêtés. L'organisation Etat islamique serait présente dans le pays avec 3 000 hommes, leur bastion reste la ville de Syrte, sur la côte méditerranéenne.

Selon l'ONU, 1 000 à 1 500 Tunisiens feraient également partie de l'organisation en Libye. « Nous attendons un gouvernement d'union nationale depuis 2014. Ensemble, toutes les forces libyennes pourraient chasser l'organisation. Pour que les choses bougent, il faudra un accord politique entre les gouvernements de Tripoli et Tobrouk », martèle-t-on à la Défense à Paris.

En attendant, la Tunisie a fait creuser une tranchée de 225 kilomètres à la frontière libyenne et les marines européennes patrouillent au large des côtes libyennes, officiellement dans le cadre de la lutte contre les filières d'immigrations clandestines.

Réunion au sommet en Algérie

L'émissaire des Nations unies pour la Libye, Martin Kobler, à Tripoli, le 22 novembre 2015. © REUTERS/Ismail Zitouny

En Algérie, des représentants de l'Egypte, du Soudan, du Niger, du Tchad et de la Tunisie étaient réunis ce mardi pour discuter de la crise libyenne, en présence du nouveau représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Libye, Martin Kobler. Le ministre algérien des Affaires africaines, Abdelkader Messahel, a rappelé l'urgence de trouver une solution politique à la crise. Depuis le début du conflit, l'Algérie multiplie les initiatives diplomatiques.

Avec 1 000 kilomètres de frontière commune avec la Libye, l'Algérie veut à tout prix éviter une violence généralisée. Sa ligne diplomatique est d'ailleurs la même depuis le début de la crise : la solution doit être politique. Alger a donc organisé une série de réunions de négociations, certaines publiques comme celles des pays voisins, d'autres secrètes pour obtenir un gouvernement d'union, selon les déclarations du ministre des Affaires africaines, Abdelkader Messahel.

La diplomatie africaine dynamique du pays depuis plus d'un an et l'aboutissement des négociations de paix intermalienne font d'Alger un acteur crédible pour la médiation régionale. Mais l'Algérie joue aussi sur un autre plan, celui du renseignement. Son objectif est d'obtenir les dernières informations et de maintenir de bonnes relations avec tous les acteurs.

Pour cela, le pays s'est appuyé sur l'expertise de l'ancien chef du très puissant DRS, le général Médiène, dit Toufik, qui a été attaché militaire en Libye, selon la presse algérienne. Une expertise qui a poussé entre autres l'Algérie à tenter de calmer le conflit entre Toubous et Touaregs dans le sud de la Libye.