L’Asie-Pacifique en tête du premier panorama culturel mondial de l’Unesco

Détail de la couverture du premier Panorama mondial des Industries Culturelles et Créatives, publiée le 3 décembre 2015 par l'Unesco et la Cisac.
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Avec la région Asie-Pacifique en tête, le premier panorama culturel mondial réserve quelques surprises. Publiée ce jeudi 3 décembre par l’Unesco, l’étude, une première du genre au niveau mondial, révèle ainsi que les secteurs culturels et créatifs emploient plus de personnes dans le monde que l’automobile en Europe, au Japon et aux États-Unis. Sans surprise, le continent africain arrive à la dernière place.

À la tête du classement n'arrive pas le vieux continent européen, mais la région la plus dynamique au monde. Dopée par sa position de leader dans les jeux vidéo, l’Asie-Pacifique décroche la première place du premier panorama culturel mondial.

« C’est une vraie surprise, affirme Marc Lhermite, associé du cabinet EY et auteur de cette étude commandée et publiée conjointement par l’Unesco et la Cisac, organisation qui fédère les sociétés de droit d’auteur dans 120 pays. Par la force de sa démographie et la soif de consommation de contenus et d’informations de moins en moins contrôlés et de plus en plus diffusés, l’Asie-Pacifique représente 34 % des revenus des industries culturelles au niveau mondial et 40 % des emplois. »

La culture, plus forte que les services de télécommunications

L’étude souligne le rôle économique important de la culture. Cette dernière fait partie « des secteurs qui connaissent la croissance la plus rapide ». Avec 2 250 milliards de dollars (2 128 milliards d’euros) de revenus enregistrés en 2014, ces industries pèsent même plus lourd que les services de télécommunications. Selon l’étude, la publicité, l’architecture, le livre, les jeux vidéo, la musique, le cinéma, les journaux et les magazines, le spectacle vivant, la télévision et les arts visuels représentent aujourd’hui 3 % du PIB mondial. Avec 29,5 millions de personnes employées dans le monde, le secteur s’avère être un plus grand employeur que l’automobile en Europe, au Japon et aux États-Unis.

L'Europe et son histoire

L’Europe occupe la deuxième place avec 32 % des revenus et 25 % des emplois. L’industrie culturelle européenne, guidée par le trio de tête France, Allemagne et Royaume-Uni, s’appuie surtout sur « une forte concentration de créateurs » et l’attractivité de ses équipements : parmi les dix musées les plus visités au monde, sept se trouvent sur le continent européen. « Il y a une histoire, une attractivité touristique, une industrie de la musique très vibrante, le spectacle vivant, les festivals… Cela reste une économie fragile, parce qu’elle est confrontée à des géants du numérique qui diffusent sur leurs plateformes des contenus culturels et créatifs. Ce qui pose la question du partage de la valeur, la rémunération de l’auteur. »

L'Amérique du Nord reste très importante

Malgré la puissance d’Hollywood, l’Amérique du Nord, souvent accusée d’impérialisme culturelle, arrive qu’à la troisième place du panorama avec 28 % dans les revenus culturels mondiaux et 15 % des emplois. « Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de seulement deux pays, relativise Marc L’Hermitte. Les États-Unis restent une force très importante avec son économie de l’image, du cinéma et de la télévision, mais aussi dans les arts visuels et la publicité. Au Canada, l’industrie du jeu est très importante. »

L’Amérique latine réunit 6 % des revenus et 16 % des emplois. Selon le rapport, sa force réside dans la richesse de son patrimoine naturel et culturel, mais surtout dans les grands groupes de la télévision comme Grupo Globo au Brésil, Grupo Televisa en Mexique ou Gruop Clarin en Argentine, avec des émissions qui s’exportent dans le monde entier.

La Culture dans le monde : part des revenus par région et part des emplois par région. Infographie issue du premier Panorama mondial des Industries Culturelles et Créatives. © DR

Le problème de l'industrie culturelle en Afrique

Avec seulement 3 % des revenus et 8 % des emplois, les 54 pays du continent africain arrivent à la dernière place du panorama mondial. « Le problème de la culture en Afrique est qu’elle n’est pas encore une économie structurée avec suffisamment des consommateurs capables de payer et d’acheter, explique Marc Lhermitte avant de préciser, à quelques exceptions près comme l’Afrique du Sud, des pays du Maghreb et quelques pays subsahariens. Il y a une grande économie informelle, le marché noir, une expérience culturelle où les auteurs ne sont pas rémunérés, parce qu’il n’y a aucun système de droits d’auteur. »

Le rapport souligne que cette économie informelle est aussi une économie avec environ un million de personnes employées directement ou indirectement. « Il y a déjà une dizaine de pays en Afrique qui ont un système réglementaire qui protège le droit d’auteur. L’incroyable taux de croissance dans un certain nombre de pays va probablement installer l’industrie culturelle et créative beaucoup plus au centre du jeu. »

En Afrique, comme dans toutes les régions du monde, le secteur musical se situe dans le peloton de tête des créateurs d’emplois. Par contre, l’Afrique enregistre seulement 0,7 % des perceptions mondiales concernant les droits d’auteur. Et c’est la seule région où les revenus concernant ces droits d’auteur avaient baissé en 2014, de 54 à 53 millions d’euros.

« Protéger les créateurs, c’est protéger l’économie »

D’où l’appel de Jean-Michel Jarre, célèbre compositeur de musique électronique, mais aussi président de la Cisac et ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco. Il espère « que cette étude agira comme un révélateur pour les décideurs du monde entier : protéger les créateurs, c’est protéger l’économie. »

► Télécharger le rapport sur le Panorama mondial des Industries Culturelles et Créatives (en anglais)