Djibouti: le gouvernement serre la vis contre l'opposition

Ismail Omar Guelleh, président de Djibouti, brigue un quatrième mandat.
© AFP PHOTO/Carl de Souza

A Djibouti, plusieurs membres de l'opposition ont été arrêtés ces derniers jours lors de manifestations pour dénoncer la manière dont se prépare le scrutin présidentiel prévu l'an prochain. Ces manifestations se déroulent dans un contexte particulier. Le gouvernement a rendu public fin novembre un décret mettant en place des « mesures exceptionnelles de sécurité » en réaction aux attentats de Paris et de Bamako. Parmi elles, un renforcement de la surveillance des sites sensibles. Elles sont dénoncées par la coalition d'opposition et les organisations des droits de l'homme.

Les nouvelles mesures, annoncées à l'issue du conseil des ministres du 24 novembre se veulent une réponse au risque terroriste après les attaques de Paris et du Mali. Djibouti, déjà frappé l'an passé par l'organisation somalienne des Shebabs, renforce la surveillance des sites dits sensibles. En premier lieu les ambassades et les cantonnements des forces dites « amies », c'est-à-dire les bases militaires françaises, américaines, japonaises entre autres.

Si le décret ne figure toujours pas au journal officiel, il inquiète l'opposition et les organisations des droits de l'homme car elles y voient toutes deux un prétexte du gouvernement pour réduire l'espace d'expression politique à quelques mois des présidentielles. L'actuel président, Ismaël Omar Guelleh, a annoncé mercredi qu'il se présentait pour un quatrième mandat.

« La motivation est purement politique, estime Me Zakaria Abdillahila, président de la Ligue djiboutienne des droits humains. L'Etat de Djibouti n'est pas menacé du tout, ni par les Shebabs, ni par d'autres terroristes. C'est donc un décret qui n'a aucun sens. C'est une manière de museler le peu de journalistes indépendants, les défenseurs des droits humains, et surtout l'opposition politique djiboutienne. L'objectif principal est d'empêcher des réunions, y compris privées, dans les locaux appartenant à l'opposition, ou à des syndicats ou à la société civile. »

Cette semaine, la coalition d'opposition Union pour le salut national a vu plusieurs de ses rassemblements qui s'opposaient à ce quatrième mandat dispersés. Et une dizaine de ses membres ont été arrêtés à Dekhil et à Ali Sabeh, au sud de Djibouti. « Nous sommes dans une situation de dérive autoritaire du pays, c'est inacceptable, s'insurge encore Me Abdillahila. Aujourd'hui, nous demandons à ce que le gouvernement respecte les accords-cadres qu'il a signés avec l'opposition, de libérer tous les détenus politiques, y compris ceux qui ont été arrêtés hier, et d'arrêter de harceler, de museler la voix du peuple. »