Tchad: triple attentat-suicide sur une île du lac Tchad

Les environs du Lac Tchad sont régulièrement la cible d'attaques de Boko Haram, comme ici à Ngouboua, en avril 2015.
© AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES

Au Tchad, une triple explosion, ce samedi 5 décembre, sur une île du Lac Tchad a fait une trentaine de morts et plus de quatre-vingts blessés, selon un premier bilan. Les trois kamikazes sont arrivés en fin de matinée, ce samedi, jour de marché, à Kelfoua où ils se sont fait exploser. La région est fréquemment visée par les ex-Boko Haram, rebaptisés Etat islamique en Afrique de l'Ouest. 

Les trois kamikazes sont arrivés peu avant midi. Le premier s’est rendu au marché de poissons où il s’est fait exploser. Le deuxième s’est rendu au marché central où il a explosé à son tour. La panique s’est installée et, pendant que la foule s’enfuyait en direction des quartiers, un troisième kamikaze s’est fait exploser dans une ruelle.

Un premier bilan fait état d’une trentaine de morts et plus de quatre-vingts blessés.
Kelfoua, une des plus importantes îles du lac Tchad, est à trois heures de pirogue à moteur, en partant de Bol, la capitale de la région.

A cause de cette difficulté d’accès, des hélicoptères ont été dépêchés pour évacuer les blessés vers les hôpitaux de la région.

Un mode opérateur qui porte la signature de Boko Haram

Le mode opératoire porte la signature de Boko Haram. Les insurgés islamistes avaient déjà frappé la région du lac Tchad le mois dernier lors d’un double attentat-suicide dans le village de pêcheurs de Ngouboua pour un bilan de cinq morts. En octobre, cinq attaques-suicides à Baga Sola et dans un camp de réfugié aux portes de la ville avaient fait quarante et un morts…

La multitude des attaques a conduit à la mi-novembre les députés tchadiens à reconduire l’état d’urgence dans cette zone pour une période quatre mois. Les insurgés, sous pression de l’armée nigériane, frappent de plus en plus dans les pays voisins du Nigeria aux abords du lac.

La région de Diffa au Niger, elle aussi placée sous état d’urgence, a été visée à quatre reprises au cours des dix derniers jours, mais le Niger a fait évacuer les populations des îles du Lac en mai dernier, elles sont désormais considérées comme une zone de guerre et tout habitant y est considéré et traité comme un ennemi, ont mis en garde les autorités militaires.

Une situation qui entrave le travail des humanitaires dans la région, comme l'explique le chef du bureau de OCHA au Tchad, Florent Méhaule :

D'une manière générale, on essaie d'avoir des interventions qui sont ciblées, géographiquement et dans le temps pour limiter le temps d'exposition pendant une opération.
Florent Mehaule
05-12-2015 - Par Laetitia Bezain