Guinée: pour expulser les habitants de Kintinian, les grands moyens

Tunnel d'une mine d'or en Afrique occidentale.
© Getty Images/Aldo Pavan

Depuis plus de deux semaines, la localité de Kintinian, zone aurifère par excellence, près de la préfecture de Siguiri, est soumise à une intense pression qui a pour but de pousser les populations locales à déguerpir. L'Etat guinéen veut céder cette zone à une société aurifère qui exploite l'or dans la région depuis une vingtaine d'années.

Pour tenter de mettre fin à la résistance des populations de Kintinian, les autorités ont employé ce samedi les grands moyens. Elles ont notamment déployé un important contingent de soldats, qui ont d’abord, selon des sources, utilisé du gaz lacrymogène et des matraques, avant de tirer à balles réelles.

Si des blessés légers ont été enregistrés, une femme a pris une balle dans la poitrine, selon des témoins et une source sanitaire à Siguiri. Cela dit, à Kintinian, le centre-ville a été particulièrement animé par des populations qui refusent de céder une portion de leur terre, malgré la demande insistante des autorités qui souhaitent à leur tour céder le site qui empiète sur une partie du territoire du village à la société aurifère AngloGold Ashanti.

A cet effet, l’ASAD avait développé un plan d’action de relocalisation et de compensation dûment validé le 14 mars 2014, approuvé par l’Etat, plan que les populations ont catégoriquement rejeté. En attendant, le maire ElHadj Lancei Camara et d'autres responsables administratifs de Kintinian, sous la pression populaire, se sont réfugiés à Siguiri à 33 kilomètres plus au Sud.

Pour le gouvernement la société minière a déjà fait beaucoup de concessions

« Il s’agit pour cette société de commencer l’exploitation dans cette zone-là et elle se heurte au refus des populations, malgré un certain nombre d’avancées et de réalisations » effectuées « au-delà de ce qu’elle était tenue de faire » explique à RFI Albert Damantang Kamara, ministre du Travail et de la Formation professionnelle et porte-parole du gouvernement guinéen. « Donc il était de la responsabilité du gouvernement de faire respecter la convention qu’elle a avec cette société et malheureusement sur le terrain il y a également plusieurs employeurs et exploitations clandestines ».

Selon le porte-parole du gouvernement, certains opposants à l'exploitation de l'AngloGold Ashanti bénéficient directement ou indirectement de l'orpaillage clandestin ou entendent négocier d'autres avantages. Mais la société « a déjà fait d’énormes concessions pour pouvoir exploiter ce qui lui revient de droit.
Donc on souhaite que cela n’aille pas plus loin que là où c’est déjà arrivé maintenant. C’est vrai qu’il y a eu de violences. Malheureusement l’Etat est obligé de faire respecter la loi et l’ordre. Nous pensons que dans les jours qui viennent le calme va revenir et chacun va comprendre la nécessité de respecter et la loi et les engagements de la Guinée
».

Kintinian, dans le nord-est de la Guinée, est un lieu aurifère. © Google map