Mali-Sahel: lutte de positionnement des groupes jihadistes

Portrait de Mokhtar Belmokhtar extraite d'une vidéo non datée obtenue par une agence de presse mauritanienne.
© AFP PHOTO / HO / ANI

On se souvient que la semaine dernière, al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) annonçait que le groupe Al-Mourabitoune se ralliait, ou du moins avait accepté de se mettre sous son commandement… Comment comprendre cette démarche ? Quels sont les rapports de forces ? Surtout quand on sait qu’à l’intérieur même du groupe Al-Mourabitoune, deux franges cohabitent en ne regardant pas forcément dans la même direction. Il y a notamment celle de l’algérien Belmokhtar, auteur de la sanglante prise d’otages, il y a deux ans en Algérie.

Le mouvement armé que Aqmi cherche à contrôler aujourd’hui, et dont le ralliement est annoncé est bien Al-Mourabitoune. Il est composé d’un côté de Combattants du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest). Son chef, Abou Walid Sahraoui s’est rendu célèbre en organisant il y a quelques années un rapt de ressortissants étrangers dans le quartier général du mouvement indépendantiste le Polisario, avec des complices internes avérées.

A la tête d’environ une centaine de combattants, Abou Walid Sahraoui a fait allégeance à l’organisation Etat islamique et n’est peut-être pas pour le moment concerné par le dernier ralliement annoncé.

L’autre frange du groupe Al-Mourabitoune est dirigée par le jihadiste algérien Moktar Belmokhtar. A-t-il été lâché par certains de ses quelques centaines de combattants répartis entre le Mali et la Libye ? Belmokhtar vit-il toujours ? Si oui, accepte-t-il réellement aujourd’hui l’autorité d’Aqmi, qu’il contestait jusque-là.

En attendant d’avoir des réponses précises, Belmokhtar est l’organisateur en chef de la sanglante prise d’otages survenue il y a deux ans en Algérie. 37 étrangers dont 10 Japonais avaient été tués. La presse japonaise révèle cette semaine qu’à l’époque, lors de l’intervention de l’armée algérienne, les hélicoptères de l’armée avaient bombardé les véhicules empruntées par les terroristes et les otages.

Le journal japonais Nikkan-Gendai affirme avoir eu accès à des enregistrements qui accablent l’armée algérienne. La thèse de la bavure est même avancée pour expliquer la mort des otages. Selon le journal, qui affirme avoir authentifié une communication interceptée le jour de l’attaque, un terroriste parlant par téléphone à l’un de ses supérieurs a déclaré : « L’armée algérienne a manqué à sa parole. Elle nous a trahis. Nos voitures avec nos membres et les otages sont aussi attaquées et ils sont tous tués par les assauts militaires de l’armée algérienne ».