Rwanda: à Bisesero, des survivants se souviennent et accusent

Bisesero, dans l'ouest du Rwanda, le 2 décembre 2015. Plus de vingt ans après le génocide, des rescapés tutsi gardent en mémoire les trois jours de massacres qui ont vu mourir près d'un millier des leurs.
© STEPHANIE AGLIETTI/AFP

Des associations demandent la mise en examen pour complicité de génocide de deux officiers français de l'opération Turquoise accusés d'avoir abandonné pendant trois jours à leurs tueurs des civils tutsi en juin 1994 lors du génocide. Reportage.  

Plus de vingt ans après les massacres qui à partir d'avril 1994 ont fait environ 800 000 morts, de nouveaux documents tendent accréditer la thèse que la hiérarchie militaire avait eu connaissance dès le 27 juin 1994 par le biais de soldats sur le terrain de la présence de centaines de civils tutsi à Bisesero, dans l'ouest du Rwanda. La hiérarchie militaire a toujours affirmé n'avoir eu connaissance de la situation à Bisesero que le 30 juin 1994.

Ce 27 juin, lorsqu'une patrouille française arrive à Bisesero, cela fait plusieurs semaines qu'Ezechiel Ndayisaba et des centaines d'autres rescapés se cachent dans la forêt sur les flancs des collines escarpées pour échapper à leurs tueurs. « Lorsque les Français sont arrivés sur la route, nous sommes sortis de notre cachette. Pour leur prouver la gravité de la situation, nous leur avons montré des corps encore chauds de personnes qui venaient d'être tuées », se remémore Ezechiel.

Les survivants, épuisés et souvent grièvement blessés, pensent être sauvés. Pourtant... « On leur a demandé s'ils allaient nous protéger. Ils nous ont dit de retourner nous cacher et qu'ils reviendraient dans trois jours. Là je me suis dit, c'est la fin, on va mourir, il ne reste plus qu'à prier. » A peine les Français repartis, les miliciens attaquent. Parmi, les centaines de victimes, la femme et les quatre enfants d'Ezechiel.

A l'entrée du village, Aphrodis Ntakirutimana, un éleveur de 43 ans qui a perdu une vingtaine de proches à Bisesero, se souvient lui aussi de la patrouille française : « Nous les avons suppliés de les accompagner en marchant devant leurs véhicules. Ils nous ont dit qu'ils reviendraient. C'est à cause d'eux que nous sommes sortis de nos cachettes et que les miliciens ont vu qu'il y avait des rescapés. Pour moi, ils sont complices. »

Moins de la moitié des survivants du 27 juin est encore en vie lorsqu'un autre détachement de la force Turquoise revient sur les lieux et leur porte enfin secours... trois jours plus tard.