Des soldats français entendus sur des soupçons de viols en RCA

Des soldats français de la force Sangaris patrouillent à Bria en RCA, en avril 2014.
© AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

L'affaire a été révélée au printemps 2015 par le quotidien britannique The Guardian : des enfants centrafricains vivant sur le camp de M'poko à Bangui disent avoir été violés par des soldats français de la force Sangaris. Ces accusations ont entraîné l'ouverture d'une enquête judiciaire en France et ce mardi 8  décembre, quatre soldats sont entendus par la gendarmerie prévôtale. L'un d'eux a été placé en garde à vue, les trois autres sont entendus libres, avec l'assistance d'un avocat.  

Ce sont là les premières auditions de soldats français. Quatre militaires qui appartiennent au 152e régiment d'infanterie de Colmar, dans l'est de la France, sont actuellement entendus. L'un est en garde à vue, les trois autres sont entendus libres avec l'assistance d'un avocat par la gendarmerie prévôtale.

Cette formation de la gendarmerie nationale est chargée des enquêtes sur des faits commis par des soldats français déployés dans le cadre d'opérations extérieures de l'armée. Elle avait envoyé des enquêteurs à Bangui à deux reprises, qui avaient interrogé onze enfants, victimes présumées de ces viols. Ce sont ces témoignages qui ont conduit à ces quatre auditions: l'un des militaires a été reconnu sur photo par les victimes présumées et placé en garde-à-vue. Les trois autres, eux, étaient désignés par des surnoms. Une identification moins formelle, d'où leur audition libre mais néanmoins en qualité de mis en cause et non de témoin.

C'est la gendarmerie prévôtale aussi qui devrait entendre dans les prochains jours l'auteur du rapport de l'ONU faisant état de ces possibles exactions. Une audition qui ne peut être rendue possible que par une levée de son immunité juridictionnelle.

Les enquêteurs disposent également d'une enquête interne réalisée par l'armée lorsqu'elle a eu connaissance des faits, neuf mois avant la parution de l'article du Guardian. Ces documents ont été déclassifiés à la demande du parquet de Paris. Le ministère de la Défense, critiqué pour ne pas avoir communiqué lorsqu'il a été alerté, veut montrer qu'il entend oeuvrer à l'émergence de la vérité. C'est lui d'ailleurs qui a saisi le procureur de Paris dès l'été 2014. Une fermeté affichée jusqu'au sommet de l'Etat puisque François Hollande a promis d'être « implacable ».

Les trois hommes entendus librement ce mardi reconnaissent avoir pu donner des rations de combat aux enfants mais affirment qu'il n'y avait pas de contrepartie. Ils sont repartis libres dans la soirée. Les investigations les concernant se poursuivent néanmoins, précise une source judiciaire. Et les enquêteurs cherchent également à déterminer si d'autres militaires seraient impliqués.